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Billet d'Humeur : L’automne du coureur...
Posté le Jeudi 22 octobre 2015 @ 01:27:42 par webmaster

pelot écrit "

Je suis seul sur ce chemin escarpé. Je cours depuis des heures sur cette crête. Le soleil descend lentement. Un léger vent d’altitude me caresse le visage. J’approche du col. Il dessine une vaste courbe herbeuse parsemé de rochers moussus. Un frêle sapin tout courbé se penche dans la pente. A l’approche du col le soleil est complètement caché. La pénombre s’avance et moi je m’arrête. Je suis là juste au point de bascule entre les deux versants du col. Je sens que je perds l’équilibre. Je suis en sueur. Je trébuche. J’entends les accords de guitare de « The Thrill is gone » de B.B. King et puis plus rien.

Cauchemar. Je me réveil en nage. J’ouvre les yeux. Je m’assois au bord du lit la tête dans les mains. Il y a quelques semaines j’ai couru un ultra trail. Entraîné comme il fallait je me sentais en pleine forme. Tout ce déroulait très bien malgré la chaleur du ce début d’été. Je ressens encore ces odeurs de romarins et de genévriers. J’avale les premières difficultés sans problème. Je bois et mange régulièrement. Le rythme est bon. Quelques heures de course plus tard je suis à un gros ravitaillement. Je profite pour me poser un peu. Je compte quelques minutes d’avance sur mon tableau de marche. Ravitaillé, hydraté et un peu reposé je prends reprends ma course. Le balisage nous amène directement dans une forêt de pins. La pente est rude. La reprise également.

Après cette petite bosse. Le sentier se poursuit dans une forêt de châtaigniers. Sa monte toujours. Je trouve un rythme régulier. A la sortie du bois je traverse une petite route puis je plonge dans un chemin empierré bordé d’un mur en pierres sèches. Celui-ci est en légère descente. Ombragé, il me permet de récupérer un peu. Cependant je sens que quelque chose ne va pas. Une sensation, une douleur où une pensée. Je n’arrive pas à définir le problème. Je tente de procéder par élimination. Hydratation. Ok. Alimentation. Ok. Muscles. Ok. Souffle. Ok. Alors quoi ? Je suis doublé par de plus en plus de coureurs. Chacun d’eux à un petit mot d’encouragement pour moi. Je vais si mal ? En regardant mon temps de course je dois admettre que le rythme est nettement descendu.

Au passage d’un petit village accroché à la montagne et caché dans une belle forêt de feuillus je fais une pause à la fontaine. Je pose mon sac. J’enlève ma casquette. Je pompe l’eau puis je mets mes mains sous le filet d’eau. Je m’asperge le visage, la tête et le cou. Je repars. Le sentier monte vraiment beaucoup malgré de petits replats ou je peux souffler. Un rythme qui baisse, un souffle qui manque et la tête qui s’y met. Incompréhension et doutes se mêlent à la course. J’essaie de les chasser d’un mouvement de casquette et d’un bon juron. Je continue doucement. Le prochain ravitaillement est pour dans quelques heures. J’ai déjà du retard. Pas de panique.

Au sommet de cette difficulté j’aperçois le petit hameau par lequel on doit passer pour gagner le ravitaillement suivant. J’ai maintenant très chaud et je n’arrive plus à m’alimenter et à m’hydrater correctement. La descente est technique. Je manque de glisser. Je me rattrape comme je peux aux branches d’un genêt en fleurs et très odorants. La rivière traversée je gagne le hameau. Encore une petite difficulté et je serais de l’autre côté de la montagne. La petite route qui traverse le hameau se poursuit en un chemin agréable et ombragé. Je trottine. Je ne regarde plus ma montre. Arriver au prochain ravitaillement coûte que coûte.

La montée est très difficile. La forêt à laisser place aux rochers. Il fait chaud. Je n’arrive plus à boire. Je m’asperge un peu. La descente fait encore plus mal. Mes jambes sont absentes. Ailleurs. Au milieu de la descente je trouve un mince filet d’eau. J’humidifie ma casquette. J’alterne course et marche mais les jambes ne répondent toujours pas. Je semble épuisé. Je n’en suis pourtant qu’à la moitié du chemin. Le sentier serpente dans les châtaigniers et les rochers. Je compte une quinzaine de virages. Je n’en peux plus. J’aperçois enfin les premières maisons du village du ravitaillement. Quelques marches plus loin et je traverse la rivière. Je remonte en marchant vers la salle des fêtes. Je dois m’assoir. J’ai la tête qui tourne. On vient de me « débrancher ». Plus de courant. Plus d’énergie. Plus de coureur.

Après quelques minutes de pause je refais surface. J’essaie de boire par petite gorgée. Je rends mon dossard. La barrière horaire s’est de toute façon refermée sur moi. Sur mes ambitions. L’émotion me gagne et me submerge. J’essuie quelques larmes. Au-delà de la déception mais qu’est-ce qui m’arrive ?

L’explication tombera quelques semaines après. Une éruption cutanée polymorphes, une hospitalisation, des multiples examens et un diagnostic. Je partage mon corps avec un hôte plutôt indésirable. Ce compagnon s’appelle « maladie de Hodgkin ». On peut l’appeler également cancer. La nouvelle fait mal mais je supporte cet « ami » depuis des mois. Je dois maintenant lutter contre quelque chose de moi-même. Une nouvelle course longue distance commence. J’en verrais la ligne d’arrivée ! Une parenthèse de vie de coureur. En attendant je voudrais faire comme K. Jornet, courir la montagne et « compter les lacs » !

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pelot
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