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Billet d'Humeur : Foulées hésitantes.
Posté le Mardi 24 mai 2016 @ 00:56:46 par webmaster

pelot écrit "

C’est aujourd’hui que j’y retourne. J’ouvre un œil en direction du réveil. La mise au point prend quelques secondes. Les chiffres verts m’annoncent qu’il est encore trop tôt. Pourtant les rayons du soleil printanier passe à travers les volets à demi clos. Je me retourne puis je ferme les yeux. Ma tête s’enfonce dans la douce chaleur d’un oreiller moelleux. J’étends mes jambes. Déjà je rêve. Une éternité plus tard je m’extirpe du lit. Le soleil est déjà haut. Les oiseaux chantent le renouveau de la nature. Dans la salle de bain je m’asperge le visage d’eau fraîche. Plein de sommeil encore, je me regarde dans la glace. Dix mois déjà. Dix mois sans courir. Dix mois pour faire disparaître cet hôte opportuniste et encombrant. Dix mois d’une sortie longue et sombre. Une course sans foulées. Une course en soi. Une course entre soi. Une course avec soi.

Je serre mes lacets. J’enfile ma casquette. Je sors. Un léger vent m’enveloppe. Je frissonne. Je fais quelques mouvements de gymnastique pour réveiller doucement ce corps. Mon corps. Un corps lourd et fatigué par les traitements agressifs et répétés. Après ces quelques gestes je commence par marcher. Je prends le temps de respirer. J’inspire profondément. A chaque pas je prends de grandes goulées d’air frais. Changement d’air. Je sens cet air nouveau dans toutes les cellules de mon corps. Du bout de mes nouveaux cheveux jusqu’à mes ongles de pieds. Je remplis mon être de cet air qui m’a tant manqué. J’accélère le pas. Un pas, puis un autre. Je suis à l’écoute de ce corps meurtri. De la moindre douleur qui m’envahi. Je cherche en moi des sensations connues. Encore quelques minutes de marche et puis je vais courir. Mes pas résonnent sur les cailloux de ce chemin. Mes chaussures crissent. En écho, les oiseaux s’agitent bruyamment.
Je regarde ma montre. Un geste que j’ai fait des centaines de fois. Les secondes du chronographe défilent vite. Très vite. Encore cinq…quatre...trois…deux...une seconde. Je ne marche plus je cours. Je baisse la tête pour voir mes jambes. Je ne rêve plus. Les foulées sont hésitantes mais je cours. Je sens mon cœur battre de plus en plus fort. Je sens ma bouche s’entrouvrir pour récupérer encore plus d’oxygène. Je sens comme une onde tiède se déverser dans tout mon corps. Je retrouve les gestes du coureur. Encore chancelantes, mes foulées sont petites et saccadées. L’impact de mes pieds sur le sol est dur et l’onde de choc remonte jusqu’au bas de mon dos. Cela fait déjà plusieurs minutes que je cours. Je transpire un peu. Je souffle beaucoup. Quelle chance ! Quelle joie de pouvoir faire ça. Je cours lentement. Foulées timides.

Je me force à alterner course et marche. Je m’essouffle encore vite. Mes muscles sont repliés sur eux-mêmes. Je pense à mes courses passées. Mon corps à stocké mes courses passées et me les renvoi d’un bloc. Tant et si bien que mon cerveau voudrait courir comme avant. Mon corps et mes jambes ne peuvent pas suivre. Je marche pour récupérer. Puis je recommence à courir. Mon corps à mal. Mes jambes brûlent. Mes poumons durement éprouvés par ces mois sombres essayent de faire face. Ils répondent tant bien quel mal aux sollicitations du cœur. J’avance, je cours, j’avance doucement, je cours tranquillement. Mes jambes fatiguées poussent le reste du corps vers le haut. Mes bras se balancent et aident les jambes à propulser le corps vers l’avant. Un coureur désarticulé. Un « vieux » coureur débutant.

J’ajuste ma casquette. Je passe mon bras sur mon front pour éponger la sueur. Je suis bien. Encore quelques mètres et je serais revenu à la maison. Je vois le chemin qu’il reste à parcourir pour retrouver le coureur que j’étais. Le pourrais-je ? J’ai mal à ma course. Je reprends tout depuis le début. Je suis un coureur en devenir. Je suis un coureur différent. Différent d’avant. Je ne porte plus cet hôte indésirable mais je dois apprivoiser ce nouveau corps. Devenir un autre coureur. Courir pour le bien être du corps et de l’esprit. J’ai de nouvelles foulées plein la tête. J’ai de l’air plein les poumons.


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pelot
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