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les Récits : 177km Grand Raid du Morbihan 2017 : Une lucidité et un moral constants
Posté le Samedi 15 juillet 2017 @ 16:56:50 par webmaster

gilles écrit "

Vendredi 18h, port de Vannes,
Le départ n’a rien eu à voir avec l’année dernière : nous étions en avance, prenions des photos, observions les autres, savourions la solennité du moment, je tentais d’imaginer l’aventure qui allait se dérouler. Cette année, arrivée à 5 minutes du départ, principalement par excès de confiance car nous étions déjà garé depuis 2 heures mais le temps de se changer, de mettre les sparadraps, la crème, préparer les sacs étanches car on annonce de la pluie : hé bien c’est long ! De plus, le lieu de dépôt des sacs a changé : ce n’est plus au stade mais au gymnase : ce qui mieux car plus sécurisé et proche des douches pour le retour !
Je décide de vivre ce raid en aventure humaine comme l’an dernier avec Didier, ce sera cette fois avec Emir et Carole (Lapins Runners) et Abdenour (Courir pour Marie). Le chrono n’est pas primordial mais un « sous 29h » comme l’an dernier serait bien. Je fais confiance à Carole pour le rythme de course car elle a peut être un petit quelque chose à chercher…
Nous partons dans les derniers et surprise : plus de tour d’honneur dans la ville : nous faisons immédiatement demi tour pour passer sous l’arche de départ. Pourquoi ? C’était sympa.
Au bout de 10 minutes, une grosse averse, mais c’est mieux qu’une pluie continue et ce sera finalement presque la seule pluie de la course : ouf.

ARRADON (km 17 – heure 19h59)
Ce 1er ravitaillement est traditionnellement pris d’assaut : le peloton est encore trop compact. On ne change rien cette année. Ravitaillement à la volée et on fait attention aux autres pour ne pas se perdre et s’interroger sur nos positions.

Baden Port Blanc (km 28 – heure 21h28)
Ce petit ravitaillement est très agréable : il vient vite, il fait jour et un orchestre Fest Noz est présent et fait danser des habitués, cela nous fait un peu de divertissement et des spectateurs.

LARMOR : (km 35 – heure 22h47)
Le ravito transition : c’est le moment où il faut sortir les lampes frontales, les brassards et les coupe vent pour préparer la reprise de nuit. A noter que cette année, il n’y a plus de toilette mobile. On peut manger chaud (soupe-pâte).

LE BONO – Vieux port (km 52 – heure 1h15)
Nous sommes toujours à allure régulière. Ma lampe n’étant capable selon Emir que de me permettre de lire sous une tente, je suis obligé de courir très proche des lapins. C’est à peut près la différence entre des feux de positions et des feux de route, nos équipements respectifs. Il faut vraiment que j’étudie cela pour la suite de mes courses noctures notamment si je veux faire la Saintélyon.

CRACH - tennis (km 67 – heure 3h16)
C’est vers cet endroit que nous perdons Ben il me semble. Moins préparé, il va à son allure et il a raison. A noter un passage un peu abrupt en sous bois.
Emir, Carole et moi décidons un petit arrêt improvisé sur un muret, hélas pas le temps de prévenir Nicolas (un coureur Vegan très sympathique qui s’est joint à nous dès le début) alors aux avant postes. Nous le récupérerons plus tard.

LOCMARIAQUER – embarcadère (km 82 – heure 5h58)
Le temps étant un peu couvert, nous n’avons pas un franc lever de soleil sur la mer mais il fait quand même jour et c’est appréciable pour ceux qui veulent profiter de la traversée les yeux ouverts.
Nous embarquons dans le même bateau tout les 4 après une file d’attente un peu longue pour enfiler un gilet de sauvetage et un poncho.

ARZON – débarcadère (km 84 – heure 6h39)
Au débarcadère, puisque le temps est décompté, nous nous arrêtons 15 minutes le long d’un muret. Pas beaucoup de choix pour l’emplacement car le tapis de reprise n’est pas loin. Pardon pour mes toilettes improvisées qui ne furent pas loin non plus…

ARZON - stade(km 89 – heure 7h28)
Une petite étape de 5km, le temps de se réchauffer de l’arrêt bateau et de prendre une photo commémorative à la mémoire de Gianigump avec une belle vue et une banderole.

Je décide de ne pas prendre de douche cette année pour ne pas perdre trop de temps à remettre crème et pansement. Je change par contre de chaussure : fini les chaussures de trail par crainte de trébucher la nuit sur des rochers ou racine, je prends pour la 2ème partie des chaussures de running car il y aura plus de bitume et de plat et surtout il fait jour.

Sur cette portion de 11km, Carole se sentant en forme et pensant peut être encore à un podium, se cale dans la foulée d’un coureur (Eddy) à 10.5 km/h. Sans s’arrêter ni baisser de rythme. Ayant le goût du challenge et ne voulant pas la freiner, je suis et prends le relais au même rythme. Résultat : Nico nous lâche et nous ne le reverrons plus hélas, puis Eddy lâche, Emir s’accroche à 100m mais le mal est fait : si cette euphorie fut plaisante, elle annonça un changement dans la suite de la course.

ARZON - PORH NEZE (km 100 – heure 9h58)
Après une pause rapide compote-toilette-poche à eau, nous reprenons, mais pas sur les mêmes bases : Emir accuse le coup, « traumatisé » par la dernière fraction de course de la machine Carole. Il suggère de marcher… Contre argument : cela va être long. Je prends un peu d’avance sur eux pour garder un petit rythme et leur laisser de l’intimité. Je sais que Carole va cette année abandonner l’idée de podium pour rester avec Emir et le remobiliser. Ce ne sera pas long, ils me rejoindrons bien avant le ravito.
C’est sur cette portion aussi que la course va changer pour moi. A faire plus de pause et des à coups, je réalise que j’ai mal à la cheville gauche. Depuis le début, environ 5/6 fois, je me la suis tordu mais pas lourdement, lorsque je le sentais, je m’allégeais pour limiter la casse. Est-ce l’accumulation, est-ce la dernière torsion qui fut plus rude, est-ce l’accumulation des chocs, cela était maintenant sensible et sans doute irréversible contrairement au reste sur un ultra (sommeil, fatigue, digestion, fringale). Nous restons ensemble jusqu’au prochain gymnase et je commence à émettre l’idée qu’ils continueront sans moi et que je ralentirais nettement, me ferai rejoindre par Ben, seule pensée agréable.

SARZEAU – gymnase (km 122 – heure 14h17)
La fin d’étape devient un peu longue surtout que l’on cherche un gymnase et que l’on est en pleine forêt… Mais finalement la transition est rapide : on sort de la forêt, un petit zig-zag dans la ville, la traversée d’une place un peu animée et on y est.
Je repars le 1er pour prendre un peu d’avance car cela va devenir compliqué. Alternance marche-course ski de fond. Je rejoins Francine.
Mon but est de retarder la jonction avec les lapins et d’arriver au prochain point pour voir un médecin.
C’est sur cette portion que l’on avait souffert avec Zeclown l’an dernier : du bitume, de la chaleur car c’est le début d’après midi, du relief et on ne voit pas la mer en 1ere partie.

LE HEZO salle l’Estran (km 138- 17h22)
Bizarrement, les lapins ne m’ont pas rejoint (j’ai su plus tard que la raison fut une pause sieste)
L’équipe médical ne peut pas légalement me mettre de pommade ni d’anti inflammatoire : pas d’acte médicaux direct (peur que le patient réagisse mal et fasse une allergie). Je suis traité basiquement avec une poche de glace et un strap très serré pour empêcher la cheville de bouger.
Je ne m’éternise pas et repars avec la même idée : retarder la jonction avec l’arrière et aller voir un médecin pour avoir des soins plus conséquent. Evidemment les perspectives sont très à la baisse, voir au minimum : FINIR dans les délais en gérant la course sur le temps maximum autorisé (avec un peu de marge) en essayant de ne pas aggraver plus la cheville car outre la souffrance immédiate, ce sera des jours de soin gagné pour l’après. Merci pour les SMS, c’est à ce moment que je les ai consulté et répondu.

NOYALO –stade – point d’eau (km 144 )
Ce n’est plus comme l’année dernière un gros ravito mais juste un point d’eau.
Les coureurs du 56km nous doublent avec tous un mot gentil. C’est impressionnant de se faire doubler par 1000 personnes sur 2-3h. Je rencontre Philippe, un ami de Gianigump qui prend un peu de temps de sa course pour parler avec moi.
Encore 14 km de marche quasi exclusive : cela va être long mais avec l’espoir de me faire rejoindre par les amis qui sont étrangement encore derrière puis de s’accrocher à l’idée qu’à SENE je verrais un vrai podologue, une grande pause, un regroupement et un départ collectif, décidé pour la dernière étape.
SENE avant la nuit, c’est ne pas subir.

SENE-gymnase(km 158 – heure entrée 21h10 – Sortie : 0h46)
Objectif atteint !
Le podologue me fait un pansement qui ne compresse pas mais empêche la cheville de fléchir complètement : c’est plus cohérent et moins douloureux.
Cela fait, je reste allongé sur le lit de camp pour faire le point : je téléphone à Emir qui m’indique qu’ils ne sont plus qu’à 3km et arrivent. Ben est derrière mais n’a pas abandonné. Le regroupement au gymnase et une reprise à 4 est possible. Ce n’était pas le scénario prévu mais je signe tout de suite !
Etrangement, toujours pas sommeil : je regarde ce qui se passe dans le gymnase et suis les diverses intervention du podologue à coté de moi. On se fixe un départ à minuit mais les préparatifs divers de tous les 4 (Ben nous a rejoint) est un peu plus long. 0h46 : c’est reparti. « Contre mauvaises fortunes, bon cœur » est l’adage le plus approprié.

SENE PORT ANNA – point eau (km 165)
Il fait bien nuit mais on est ensemble, quasi personne pour nous doubler et ma lampe à cette vitesse (4 km/h) est bien suffisante. En calculant, on arrivera de jour au petit matin tous les 4 comme on est parti. Finalement, ce n’est pas si mal comme scénario. Du moins sur le papier car dans la réalité c’est long, il repleut, je me fais piquer par des moustiques, nous passons dans une zone marécageuse et Emir est groggy. Carole le tient par la main pour qu’il marche droit mais s’il trébuche, elle aura du mal à le retenir. On essaie de rester à Proximité avec Ben.
Et on continue : de la marche, de la marche et de la marche !
Il commence à faire jour mais il y a tellement de lacet que l’on ne voit jamais la ligne d’arrivée. Tout le contraire du marathon du Mont St Michel. Emir sort sa caméra : il sera sans doute étonné plus tard de ce qu’il va filmer. Eh bien non, c’est là qu’il retrouve sa lucidité.

VANNES (km 179,7 – heure 6h50 – course : 36h09)
Le pas s’accélère (sauf le mien) car tout le monde est impatient que cela se termine. Jay et Simon, 2 de nos amis qui avait couru la veille le 87km sont venus nous encourager au port sur les 500 derniers mètres malgré l’heure matinale.
Nous franchissons les 4 arches, un petit mot au speaker, vérification que les résultats sont homologués, choix du gilet finisher, quelques photo puis direction la tente petit déjeuner.
Eh oui, c’est l’heure, voilà une bonne base pour se recaler sur le cycle d’une journée normale après cette course épique.

Sur 967 partants, 617 finiront dans les délais (entre 17 et 42h). Nous sommes 489- 492ieme.

La bonne surprise de cette course pour moi est une absence totale de sommeil sur 48h et une lucidité et un moral constant.


A Jean Oberti (Gianigump)


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