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Marathon des Forts 2019 – Le releveur et le silex

Moins de 6 mois après l’opération de ma seconde hernie discale, ce marathon des Forts du Périgord était le vrai test, celui qu’avec impatience je redoutais un peu, même si au fond de moi, j’ai des certitudes que je ne devrais pas avoir…

Marrakech il y a un mois et demi fut une balade de santé, une gentille traversée de la ville rouge à petit rythme pour retrouver le plaisir de courir et se rassurer après ce mini séisme qui fin septembre me fauchait en pleine euphorie sans prévenir. Le coureur de fond frustré revivait.

Aujourd’hui, soit 2 jours après avoir terminé pour la 4eme fois ce beau voyage trans-Périgord, je peux confirmer avoir retrouvé mes sensations de coureur débutant, enfin surtout les souvenirs physiques que  laissent un tel effort et en particulier la joie de descendre les escaliers en marche arrière sur deux jambes de bois !

Quelques semaines auparavant, Olivier avait relancé l’opération « tutus de Dordogne », un genre de tradition qui réunit ici quelques coureurs des Galopins Brédois et autres Courir Le Monde par un dress code aux couleurs changeantes d’une édition à l’autre. Cette année, c’est tutu noir et t-shirt rouge. Courant pour mon asso préférée de Laurette Fugain, je serai en violet en haut, mais avec manchons rouges pour la touche collective. Et eu égard à la météo  qui nous a réservé le seul passage pluvieux du moment pour l’heure du départ, je couvrirai l’ensemble par une veste de pluie car si la température est idéale pour un coureur, la bruine et le vent ne rendent pas l’ensemble des plus agréables.

Après 2 heures de route matinale covoiturée, nous arrivions sur place aux Eyzies-de-Tayac pour récupérer nos dossards que Cricri avait gentiment collectés pour nous.  L’organisation nous accueillait gentiment par un petit déjeuner café biscuits, et le temps de féliciter Barbara  et son équipe pour la qualité globale de cet événement et la remercier pour ses petites attentions, nous retournions aux voitures pour nous mettre en tenue. J’étrennais mon nouveau sac d’hydratation, un très beau produit by Kalenji (non sponsorisé !) et j’avais amené mes bâtons, non sans avoir hésité longuement. Puis en raison du profil annoncé, de la météo et de mon état physique, en l’occurrence la faiblesse de mon releveur gauche toujours d’actualité, je m’étais dit qu’ils ne seraient pas de trop ; C’est ainsi que nous arrivâmes presque en retard pour le départ, contraints de partir quasiment en 1ère ligne. J’appréhendais un peu, avec ma jambe  gauche toujours pas complètement stabilisée….

Bang ! Le départ est donné et on part tranquillement en lassant filer les gazelles. 1,5 km plus tard , la première montée des Gorges d’Enfer nous accueille. Ca y est, mon cours de trail commence !

Je suis très attentif à ma foulée et je passerai plus de temps à regarder mes pieds que le (somptueux) paysage, mon objectif du jour est de terminer, et en bon état. Pour cela, j’ai prévu entre 6 et 7 heures pour effectuer les 43km et 1300D+ annoncés officiellement.

On commence alors à découvrir ce qui sera notre menu du jour, des passages en sentiers rocailleux, en sous-bois sur tapis de feuilles bien gras, des pistes boueuses à souhait sur lesquelles on a l’impression soit de surfer,  soit de faire du ski de fond, des montées parfois redoutables, et des descentes sur les freins qui me détruiront  peu à peu mes pauvres quadriceps (si si, j’en ai encore !!)

En 2 km, j’ai perdu tout le monde, mais au sommet  d’une butte, le groupe est là qui m’attend en bordure de champ pour prendre la traditionnelle photo ensemble. J’en profite pour retirer ma veste de pluie…. Que je remettrai 5 minutes plus tard ! La pluie en effet durera environ jusqu’à mi-course.

Km 7, le peloton se fige en un premier gros bouchon provoqué par l’entrée d’un single track bien glissant en pente raide, qui nous fera traverser la forêt de bambous de Saint-Cirq, magnifiques, impressionnants par leur taille et leur densité. Un peu plus loin, en sortant des bois, une clairière s’ouvre sur une impressionnante palombière, un peu fantomatique avec ses lianes qui pendent, me faisant penser au vaisseau fantôme des Pirates des Caraïbes…

La route se poursuit en ondulant pour descendre vers la Vézère. Je suis au chaud dans ma veste, capuche sur la tête, nous passons sur le pont de Campagne et arrivons à un premier ravitaillement dans la cour du château éponyme.

12km, 340D+, 1h30.

Je prends le temps de déguster mon mélange fétiche, mon « mococamio », agrémenté  de saucisson et de tucs bien salés. Côté vestimentaire, j’inverse ma veste de pluie et mon t-shirt violeta pour le rendre bien visible. C’est à ce moment que Fred, mon comparse de Nouméa arrive. La Pacific Ocean Laurette Fugain Team est reconstituée ! Nous continuerons ensemble pour partager la route presque jusqu’à la fin.

C’est reparti par l’ascension de l’escalier du chemin des Dames, tout de pierre taillée sur fond de grottes, 139 marches, 22 mètres parait-il, qui réchauffe bien les cuisses, avant de poursuive par des petits sentiers forestiers dans la foret de Campagne. Nous alternons toujours montées et descentes, parfois les sentiers sont tellement boueux que les chaussures disparaissent dans cette épaisseur brune bien onctueuse, ça glisse et j’ai la hantise de m’envoler, comme le fait une coureuse devant moi bizarrement à un endroit qui semblait anodin…

Concentré sur mes foulées je progresse régulièrement, sur les hauteurs des falaises. Lorsque les pentes augmentent, mes bâtons soulagent mes cuisses, et je me félicite de les avoir amenés (les bâtons). Par moments profitant de faux plats montants je cours avec eux, ce qui me donne la sensation assez agréable d’une progression rythmée.

La variété des paysages est parfois spectaculaire, quand en sortant d’un sous-bois un peu sombre dans lequel on progressait dans une atmosphère feutrée bien à l’abri, et où on se croyait courir « indoor », brutalement sans prévenir la luminosité change et le regard embrasse une immensité verte de champs et de collines jusqu’à l’infini !

Une très forte descente nous rapproche de Saint-Cyprien. Des bâtisses de vieilles pierres ocre aux lourdes portes de bois qui font les belles cartes postales nous signalent l’approche d’un village. On nous annonçait un trail urbain et on n’est pas déçus : nous dévalons de petites rues pavées dont j’ai du mal à estimer le  pourcentage de pente, mes bâtons claquent, et je freine comme je peux en appuyant fort sur mes cuisses. Soudain une petite étincelle éclate dans le mollet droit et réveille mon oreille ! oups, non, pas de casse please, je n’ai pas du tout prévu cela ! J’essaie d’assouplir ma foulée, d’être plus léger à l’impact au sol, tu parles, avec une pente digne d’un escalier alors qu’il n’y en pas, c’est compliqué !

2ème puis 3ème étincelle … je m’inquiète intérieurement et heureusement c’est l’arrivée au second ravitaillement. Je vais pouvoir décontracter tout ça pendant une dizaine de minutes.

Km26, 730D+ cumulés, 3h30.

Fred est toujours là, nous rejoignons Jackie et Véro qui attendent leur relais du duo. Gilbert « Jésus » se restaure avec un joli pansement au coude, il a chuté sur des pierres dans une descente en dévers…

Le temps vire au beau, et pour la première fois le ciel s’ouvre et le bleu  perce.

Saucisson, tucs,  chips, micocamio et discussion avec nos compagnons de route dans une bonne ambiance, d’autant que nous sommes très larges face à l’unique barrière horaire de la course, 6h30 pour rallier le ravitaillement suivant à Meyrals, au km34. D’ailleurs un coureur  me dit avec un fort accent du Sud-Ouest « Si tu arrives à Meyrals, tu as course gagnée ». Je suis tout à fait d’accord avec lui !! Même s’il ajoute qu’on va se voir offrir 200 m de montée sur les deux prochains km !

Ce qui se vérifie de suite, nous quittons la place en empruntant des ruelles en pente raide, le quartier du « petit Montmartre » en se disant que fort heureusement il n‘y a pas de verglas ! On démarre fort puisque prenant une mauvaise direction sur une centaine de mètres ! 10 minutes plus tard, je propose un  petit  arrêt à Fred pour retirer définitivement cette fois ma veste de pluie, il fait chaud dans la montée !! Nous escaladons le piton pour rejoindre la chapelle Saint-Martin de Castels. Et on repart en forêt… Vers le 30ème km, nous progressons sur un large sentier de boue entre lisière de foret et bordure d’un champ en labour, une sorte de rivière gluante brune complètement impraticable, on ne sait plus où poser nos chaussures, avec la peur d’en laisser une se faire aspirer façon ventouse ! nous sommes accompagnés par des nuées de moucherons (j’en avalerai un au passage)... Vive la campagne !!

Fred s’est un peu émoussé et ralentit la cadence… Petit à petit je le distance, il arrivera peu après moi à bon port. C’est alors au village de Meyrals de nous accueillir avec ses désormais coutumières vieilles pierres, pour le dernier ravitaillement.

km34, 1130D+, 4h55.

Pas de souci pour la barrière horaire. J’y croise des illacais venus en force mais qui s’inquiètent car une relayeuse manque encore à l’appel… Je ne m’attarde pas car la promesse d’une descente à la corde m’émoustille un peu et j’ai hâte de tester cette petite surprise  de fin course concoctée par les organisateurs.  Quelques derniers passages montants et c’est enfin la descente finale par des petits singles moelleux ; peu à l’aise, je laisse passer les coureurs derrière moi. Au km 41 une jolie bâtisse aux murs fatigués et porte de bois vermoulu me donne une nouvelle occasion d’arrêt photo.

Sur les hauteurs, le vent souffle fort et bruyamment à travers les feuillages, c’est l’esprit de la forêt qui se manifeste, la vue plongeante sur la vallée de la Vézère est somptueuse. Mes oreilles se bouchent avec la pente…2km plus loin on y est : une corde tendue nous accueille pour nous aider à descendre dos à la pente, genoux bien pliés et fesses vers le vide. Après 3 ou 4 cordes successives et en quelques centaines de mètres nous rejoignons la civilisation en rentrant dans Les Eyzies. Sous un grand soleil je franchirai  l’arche finale en 6h19, le dos un peu crispé et les jambes surprenantes de vigueur (ce  qui sera démenti dès demain matin !!). Ma victoire du jour, c’est aussi que jamais ma cheville gauche n’est partie à la faute, le spectre de l’entorse disparait, c’est vrai que je suis resté concentré sur ma foulée toute la journée…J’accueille avec émotion ma nouvelle médaille sous le regard de Cro-Magnon perché là-haut sur la falaise, c’est un silex, symbole de la région

 

Je retrouverai les Galopins tous arrivés groupés ¾ d’heure auparavant pour un petit repas d’après course roboratif, jambon-purée arrosé d’une bière fraiche, c’est vraiment la formule magique après un effort de ce type !

Et après deux heures de route en sens inverse, une douche façon karcher à la maison clôturera cette nouvelle aventure, incursion au pays de l’Homme…

Qu’il devait être heureux en parcourant ses collines dans ce paradis vert…        

KOUROU 2013 – Rencontre avec mon totem
 

Commentaires 2

Aïolirun le mardi 2 avril 2019 18:56

Pas facile on dirait ce marathon ! Ton retour aux affaires est sans égal ! Bravo Doumé !

Pas facile on dirait ce marathon ! Ton retour aux affaires est sans égal ! Bravo Doumé !
Runnindoum le samedi 6 avril 2019 16:17

Et 42195 excuses à Béa grande organisatrice du MDF que j'ai rebaptisée Barbara dans un moment de délire hypoglucidique ????

Et 42195 excuses à Béa grande organisatrice du MDF que j'ai rebaptisée Barbara dans un moment de délire hypoglucidique ????
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Invité
mercredi 24 avril 2019