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Rafales sur la Sainte-Victoire

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La montagne Sainte-Victoire emblématique de la Provence, il y a bien longtemps que je la côtoie. D’abord enfant accompagné de mes parents pour des pique-niques tout là-haut au Prieuré, puis adolescent avec les scouts pour y dormir ou y parcourir toute la crête, et enfin adulte pour des balades entre amis ou au hasard de musées et d’expositions à travers les yeux de Cézanne. Alors quand Zeclown a émis l’idée de venir y faire le Trail de la Sainte-Victoire, je ne pouvais faire autrement que de l’accompagner malgré une prépa minimaliste (3 sorties dans les calanques) après le marathon de Marseille que j’ai fait 3 semaines avant.

 

Je connais la réputation de ce trail, d’après ce que l’on dit, il est technique mais vaut vraiment le détour. Samedi je récupère Zeclown à Rousset, l’occasion de récupérer mon dossard. Il pense encore à un chrono de 10 heures sans doute entrainé par l’euphorie du carnaval de Rousset qui se déroule ce jour-là. Quelques heures avant le départ, je suis inquiet, et je profite de la présence de Didier pour quelques conseils de vrai trailer. Que mettre dans le sac ? Ils annoncent de la pluie et du vent à 100 km/h voir plus, pas de quoi me rassurer….

 

Dimanche, Nous arrivons à Rousset un peu plus de 30 mn avant le départ. Il ne fait pas froid mais le vent pointe le bout de son nez. Une fois la voiture garée, nous partons d’un pas décidé vers le lieu du départ... La joie d’être là m’en a fait oublier mon dossard, retour à la voiture en trottinant. On est un poireau du Trail ou on ne l’est pas ! Un passage rapide dans la salle à coté de la ligne pour les derniers réglages et nous retrouvons l’ensemble des concurrents pour le briefing sur la ligne de départ. Nous partirons en fin de peloton sans oublier de porter chacun notre nez rouge. Les premiers kilomètres sont relativement plats et comme nous sommes encore tous ensemble, le moindre accident de terrain donne l’occasion à Zeclown de faire le show. On a l’air bien dissipés au milieu de tous ces coureurs hyper concentrés. Nous attaquons la montée du plateau du Cengle et le peloton s’étire. Le jour est maintenant bien là. J’ai hâte d’être au pied de la Sainte. Deux traileuses que nous suivons se trompent par deux fois de chemins, l’occasion de dire deux trois bêtises avant d’attaquer les choses sérieuses.

Soudain, nous y sommes ! Elle est là majestueuse, gigantesque, verticale ! On se demande par où nous allons passer ? Première ascension, plus nous avançons, plus la pente se fait raide. Je me retourne de temps à autre voir si Didier suit, mes jambes répondent bien. J’aime quand la pente s’accentue, bien plus grimpeur que descendeur. Nous approchons du Pas du Clapier, le vent ne nous lâche pas. Il s’accentue même à l’approche du sommet. Je suis un petit groupe ralenti par une traileuse qui semble avoir quelques difficultés dans ce terrain qui devient aérien, où les mains servent autant que les pieds. Elle n’arrive pas à franchir un rocher et les coureurs juste derrière elle semblent ne pas savoir comment faire, gênés à l’idée de la pousser par les fesses. On ne va pas rester là ! Je décide de l’aider. Une bonne poussée et hop, la voilà sur le rocher. Je la suis et je vois très vite que ses bâtons l’encombrent dans cette partie très technique. « Tu as le vertige ? Oui. Donne-moi tes bâtons et suis-moi, ça va le faire ! ». Nous approchons de la crête, des bénévoles sont là et nous guident dans ce dernier passage, une corde est même là pour nous aider. Je franchis la crête, le vent est dingue ! Je redonne les bâtons à la traileuse, la félicite pour avoir grimper ce sacré passage malgré le vertige. Et Didier ? A peine le temps d’y penser qu’il franchit à son tour la crête. On a le sourire, la vue est incroyable ! C’est parti pour un bout de crête jusqu’à la Croix de Provence et au Prieuré. Le chemin n’est pas facile, beaucoup de pierres. Les appuis ne sont pas sûrs. Didier est un peu plus loin derrière moi, j’ai 15 ans, je me revois gamin au même endroit. Un randonneur arrive face à moi, incroyable, il porte un uniforme que je connais bien ! Un scout ! Je ne pouvais rêver de rencontre plus incroyable ! J’échange un bonjour, en lui disant que moi aussi, dans le même uniforme, j’ai arpenté ces chemins à son âge.

La Croix de Provence est là, majestueuse ! Un selfie rapide avec Zeclown et nous reprenons notre route. Le tracé du parcours nous fait passer à l’extérieur de l’enclos du Prieuré. Impossible ! On fait le détour. On ne va pas rater ça ! On fait nos touristes, explications, photos, un randonneur nous rappelant qu’on a une course quand même. Y a plus qu’à descendre jusqu’au ravito de Vauvenargues, Didier me dit qu’on a une bonne avance sur les barrières horaires. On attaque la descente, sereins sur un chemin encore assez technique qui zigzague sous le Prieuré puis très vite c’est un large chemin pentu, mais presque comme du bitume, qui se déroule. Didier me passe… il semble bien et c’est parti pour une descente endiablée ! 10, 11, 12 km/h ! Je trouve ça un peu trop rapide mais on grignote du temps. Fin de la descente, nous gardons un bon rythme quand d’un coup Didier stoppe, on marche, on se ravitaille, un regard… « On a peut-être un peu trop envoyé, non ? » Comme moi, il vient de se prendre un bon coup de bambou, un moment on a failli oublier qu’on était des poireaux.

Nous arrivons au ravito et la première barrière horaire avec 1 heure d’avance. Petite discussion avec les bénévoles et les coureurs, on commence d’ailleurs à croiser et recroiser un peu les mêmes au fil de la course. Petit point touristique en passant devant le château où est enterré Picasso et c’est parti pour la deuxième ascension du jour, a priori la plus longue. Dès que la pente s’accentue, je distance un peu Zeclown, je décide de ne pas casser mon rythme. Je l’attendrai en haut. Une bénévole nous avait prévenu au ravito qu’un beau morceau nous attendait, avec des grosses marches qui font bien mal aux cuisses. Comme quoi, on peut faire confiance aux bénévoles ! Je double quelques coureurs notamment une jeune femme que je vois devant moi depuis un moment, elle grimpe vite. Je dois m’employer pour revenir sur elle. Je vais aussi à nouveau croiser le scout de la Croix de Provence, il me dira qu’il est en raid explo et qu’il doit rejoindre ces collègues en bas, et hop une plongée dans le passé. Après presque 2h20 de grimpette, j’atteins la crête. Deux bénévoles nous pointent, elles sont blotties l’une contre l’autre au milieu de la garrigue et, malgré cette situation peu confortable, j’ai même droit à des encouragements. Vraiment MERCI à toutes ces personnes bénévoles, l’une en plein vent dans la pente, l’autre en plein soleil, les autres aux ravitos aux petits soins ; sans vous, la course serait moins belle. J’attends Didier ici avant d’attaquer un bout de crête et une dernière bosse pour atteindre le point culminant de la Sainte. L’apercevant au loin, je lance un grand aïoli et, alors qu’il s’approche, des bénévoles et de moi, il se grime de son nez rouge en plein effort ! On est Zeclown ou on ne l’est pas ! Le sentier sur la crête reste toujours très technique. Le vent est très fort, en longeant la falaise, il est même assourdissant. Le paysage est grandiose et, avec ces conditions, on se sent bien petit. Une petite descente très technique dans les éboulis et nous reprenons l’ascension vers le Pic des Mouches. Nous sommes revenus sur la jeune femme, après être restés un moment à la suivre sur son rythme, je décide de la doubler. Nous avons perdu beaucoup de temps sur les barrières et je me dis qu’il est temps d’essayer d’en reprendre un peu. Par hasard, après la course, je la reconnaitrai sur les réseaux sociaux et j’apprendrai qu’elle a dû abandonner sur chute et que c’était son premier trail long.

Nous sommes au Pic des Mouches, vite un selfie et c’est reparti. Le sentier devient rapidement plus praticable et nous faisons de notre mieux pour rattraper le temps perdu dans la descente et dans la remontée qui suit sur un chemin large jusqu’à l’oratoire Malivert. Et hop, encore un selfie. Un peu plus d’une demi-heure pour faire environ 3 km. Moi qui n’avais jamais couru avec la pression des barrières horaires, je découvre l’inconfort de cette situation, pas un moment de tranquillité ! La descente vers Puyloubier est très technique, de grandes dalles de pierre. On fait le plus vite possible et on arrive même à reprendre quelques coureurs. Nous arrivons au ravito et à cette deuxième barrière horaire avec environ 15 mn d’avance, ça se tend ! On avale vite quelque chose, le plein des bouteilles et c’est reparti avec le stress qui monte d’un cran. Un bénévole vient de nous annoncer une barrière horaire au refuge Baudino que nous ignorions. Il faut passer là-haut avant 15h40, environ 6km en 1h10. On part bille en tête. Au début le parcours est assez roulant, puis le chemin devient sentier et commence à prendre de la pente. Didier ne suit pas mon rythme, je décide de monter le plus vite possible, en laissant Didier derrière moi. Objectif, atteindre le refuge avant la barrière. Je grimpe, ma montre, je grimpe, ma montre. Je hurle « DIDIER LACHE PAS ! CA VA LE FAIRE ! » Je grimpe, ma montre, je grimpe, ma montre.  Les minutes s’égrènent et je comprends que c’est mort, impossible ! 15h40 et je n’aperçois même pas le refuge………… Je l’atteins à 15h58……. « C’est bon pour la barrière ? Ya pas de barrière ici… » Ouffff ! Comme quoi, faut pas toujours faire confiance aux bénévoles. Après quelques minutes d’attente, je vois Didier surgir au milieu des rochers, je le rassure tout de suite. C’est encore bon mais faut pas trainer. On se jette dans la descente technique sur le sentier étroit au milieu de la garrigue. 1h12 pour 6km de descente……. Enfin de presque descente……. Il reste des bosses et nous avons de plus en plus de mal à les passer. Le temps file à vitesse grand V. Encore une un peu plus raide, je commence à me dire que ça va être compliqué. Didier est un peu plus loin derrière. Je passe la bosse et commence à descendre avant l’arrivée de Zeclown, et là, au loin, je vois la route, le ravito, la barrière. Je me retourne, Didier passe la bosse. Je regarde ma montre environ 10 mn pour faire 1 km 1.5 km à vue de nez. J’hurle à Didier, on doit passer tous les deux. « ALLEZ DIDIER ! ON S’ARRACHE ! ON VA LA CHERCHER ! » On descend entre 11 et 12 km/h. Et après le passage d’un ruisseau à sec enfin le ravito. On y est ! 4 mn avant les 10 heures de mon GPS ! Comme une victoire ! Déjà une joie immense !

Nous avons 2 heures devant nous pour finir le trail de la Sainte Victoire, autant vous dire que l’on ne s’est pas mis la pression. On finira tranquille, en profitant un maximum du fait d’avoir la chance d’être là. Nous franchirons la ligne main dans la main, nez rouge au bout du nez, sourire aux lèvres et larmes aux yeux. Le Trail de la Sainte Victoire est une course magnifique et technique qui mérite sa réputation ! Seul petite déception…….à 5 places, on finissait dernier ! La digne place de poireaux !

Le marathonien blessé
 

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Invité
mardi 20 novembre 2018