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Reykjavik 2015 – góður maraþon í landi jökla

 

Vendredi après-midi

 

L’arrivée en Islande précipite instantanément le visiteur dans le bain en lui faisant traverser une lande aride dépourvue de tout arbre entre Keflavik et Reykjavik, une terre volcanique toute de lave recouverte de lichens, battue par les vents de l’Atlantique nord, sous un ciel menaçant… c’est le grand Nooord !

 

Nous sommes venus en Islande avec  LN et deux amis bordelais pour une petite semaine nature différente des traditionnels séjours exotiques au soleil et sous la chaleur. Et comme je l’essaie à chaque fois, j’ai bien sûr optimisé le déplacement en m’inscrivant au marathon local.

…Bon, OK, à la réflexion, j’ai dû m’inscrire à la course avant de goupiller le séjour !! Alors une petite coursette, puis on enfilera nos chaussures de marche, et hop, à nous les cascades, geysers, glaciers et autres plages de sable noir !

 

Après un rapide passage à l’expo marathon au Laugardalschöll Sports Hall pour retirer le dossard, où j’ai eu l’heureuse surprise d’échanger quelques mots avec Kathrine Switzer, pionnière du marathon féminin en représentation ici pour la bonne cause (et dédicacer son livre), nous retrouvons le soir Clara « Montoubib » et Fred « FB » dans une pizzeria du centre ville pour faire le plein de carbohydrates pour le lendemain (et boire une bonne bière) en honorant Runn@ing notre mascotte globerunneuse de Courir Le Monde venue ici conquérir un nouveau pays.

 

Samedi matin

 

Il  tombe encore quelques gouttes lorsque nous arrivons sur zone, il fait frais, 10°C au mois d’aout, quelle destination tropicale…! Montoubib et sa petite jupette, FB aux couleurs de l’ASM et le couple tricentenaire Calou et Chantal des kékés du Bocage en costume d’époque, tout le monde est heureux de se mêler à la fête, l’ambiance est colorée et joyeuse. J’arbore pour la première fois mon débardeur des Marathon Globe Runners, honorable assemblée de marathoniens ayant couru dans plus de 10 pays différents.

 

La pluie cesse, et le départ est donné sur Laekjargata (je vais citer avec délectation quelques noms de rues ou de monuments tant ils sont imprononçables !!), marathon, marathon relai, et semi constituent un peloton assez dense, des ballons par tranche de moins de 5 minutes vont donner le tempo pour le semi ; ainsi nous partons avec les 1h55 - on n’a pas vu le 3h45 – pour une première boucle de 33 km.

 

La route est large, le public nombreux au départ, mais ça se réduira assez vite en petits groupes éparts mais bien présents, avec de nombreux enfants. Un habitant a sorti sa trompette et sonne l’ultra-connu (des V1 et plus anciens) air militaire du réveil, ses voisins doivent être contents !

On laisse le Ràõhus (City Hall) sur tribord et on enroule un petit lac en tournant à droite sur un petit pont pour une légère petite montée qui sur bâbord nous ramène vers la côte, où souffle une bonne brise marine ! Je suis parti avec Fred, mais nos routes se sépareront assez vite, chacun se mettant dans son rythme, même s’ils sont assez proches.

Je me sens en forme mais pas au point d’affronter les 42km à allure soutenue et régulière : ces derniers mois je n’ai pas trop travaillé mes allures marathon, le fractionné long me déplait de plus en plus, et j’ai manqué de temps et de motivation pour m’y mettre sérieusement. Et depuis le Grand Raid du Morbihan, j’ai surtout eu besoin de me refaire une santé !

 

On traverse maintenant quelques quartiers urbains sans grand intérêt. Un coureur aux couleurs des Marathon Maniacs me tape soudain  sur l’épaule, « Hi, I’m  a Marathon Globe Runner too ». C’est un runner US, David, avec qui j’échange quelques mots, avant qu’il ne me distance petit à petit.

Km 4. Un spectateur local a garé sa voiture en bord de route, les quatre portières ouvertes, et la sono à fond !

Au km 6 on vire à l’est en longeant le rivage pour rejoindre le quartier portuaire par de longues portions droites, parfois des pistes cyclables, avec un léger vent de  face.

 

Km 9… « Et ça sent la morue, jusque dans le cœur des frites » les paroles du grand Jacques me sont venues spontanément à l’esprit alors qu’on arrive au port ! Les chalutiers et autres gros navires précèdent une zone commerciale déserte, et on débouche sur le centre ville, à proximité du départ. Je cherche du regard LN et nos amis bordelais  venus avec nous pour cette petite semaine de vacances, prêt à soigner ma posture face à l’objectif. Hélas, personne n’est là…

Km 10, 51 minutes. Plein est, et toujours ce vent de face ; j’ai passé le ballon des 1h50

 

Vers le 12e km, le plus joli symbole de la ville, celui que je préfère, nous tend les bras, c’est Solfar (le Sun Voyager), un somptueux vaisseau évoquant un drakkar Viking en acier brossé construit en 1990, tourné vers la mer et orienté vers le soleil couchant. Eh bien…, je ne l’ai pas vu !! C’est dire mon état de concentration… Pourquoi ? Je ne me souviens pas précisément de l’instant, je cherchais à accrocher le regard de mes supporters, LN, Annie et Bernard qui devaient me retrouver ici pour quelques photos (mais qui sont arrivés beaucoup trop tard, la circulation étant devenue impossible dans le quartier, avec ce double évènement qu’étaient le marathon et la fête de la musique). Un peu déçu par ce rendez-vous manqué, mon attention à ce qui m’entourait a dû retomber pendant quelques kilomètres... Mais fort heureusement dès le lendemain nous sommes revenus saluer ce beau navire de quelques clichés sur fond de mer couleur huitre bordée de collines aux mille nuances de vert et brun…

 

C’est maintenant une succession de faux plats, montées, descentes, de passages plus verts parfois. Et un long aller / retour nous permet de croiser nos compagnons de route, ceux devant, ceux derrière, j’y encourage tous mes amis excepté Fred qui m‘a surpris immédiatement après le demi-tour, il est juste derrière moi.

Au km 17, les pelotons du semi et du marathon se séparent engendrant subitement un changement d’atmosphère radical, exactement à l’inverse de Bordeaux en avril, où la confluence brutale des 2 pelotons avait créé une indescriptible pagaille. Ici d’un coup, c’est le grand désert !...

 

Jusqu’à la mi-course, nous emprunterons des pistes cyclables dans un environnement assez vert.

Km 20, 1h40:00. Une escadrille d’oies sauvages passe à très basse altitude ; impressionnants par leur grande taille les volatiles chantent et je les entends très bien me saluer !

 

Mi-course, pile 1h50:00 (aujourd’hui je suis le roi des chronos faciles à mémoriser). C’est le moment de faire un premier bilan : j’ai bien tiré sur la machine pour conserver une allure digne ; cette année, du fait de l’accumulation de courses, j’ai beaucoup perdu en vitesse, et je suis obligé de me bousculer  même si un petit 10 km à la pointe du Verdon il  y a 2 semaines m’avait surpris avec un improbable 47’…Ce qui n’empêche pas mes ischios de commencer à tirer sérieusement…

 

Passages nature, pistes cyclables, parcs se succèdent sur une partie bucolique. C’est la vallée Elliõaàrdalur qui abrite parait-il une rivière réputée pour la pêche au saumon : on longe même une étonnante petite cascade, préfiguration de splendeurs que nous découvrirons dans la semaine avec notamment Güllfoss, Skogafoss ou Seljalandsfoss (à vos souhaits).

 

Peu à peu on revient vers la côte que l’on retrouvera au 29ème km après un passage sur un pont de bois enjambant la nationale 40 en direction des grands espaces de l’aéroport domestique que l’on traverse par des pistes cyclables sinueuses et pas mal vallonnées.

30e km. Au moment où nous enroulons le bout de la piste, un petit monoplace se présente silencieusement, un peu  en crabe, au dessus de nos têtes pour nous atterrir presque dessus, effet garanti ! Enfin, au km33, on rejoint la première boucle, revenant en terrain connu.

 

Depuis quelques km, je suis une (jolie) runneuse tout de jaune vêtue, qui avance sur un rythme dynamique et très régulier, m’obligeant à ne pas lâcher afin d’éviter le décrochage.

Je la dépose à l’occasion d’un ravitaillement, mais très vite, elle me reprend. Pendant 3-4 km, j’entendrai son souffle juste dans mon dos. Mon esprit de compétition (et mon ego un peu aussi) vont m’obliger à garder le rythme… Nous traversons une zone désertique battue par les vents, sorte de lande marine tout au bout de la ville, c’est Grotta, une aire ornithologique protégée qui abrite un phare blanc totalement isolé. Je tracte la miss en serrant les poings, vent de face, et je finis  par la distancer vers le 38ème km, pour aller chercher un autre lièvre. Ce sera une autre coureuse, petit gabarit aux deux mollets intégralement tatoués (c’est la mode cette année !) avec qui je me tire gentiment la bourre jusqu’au km 40.

 

Les grands immeubles du centre ville apparaissent à nouveau dans mon viseur, la sono crache ses décibels à l’approche de l’arrivée. Je n’ai pas vu la borne 41 mais au chrono, je  sais que je l’ai passée ; je double David, mon acolyte des Globe Runners.

 

Je pousse une dernière fois et envoie tout ce qui me reste dans la dernière ligne droite, avec l’arche rouge en vue et son chrono électronique qui me confirme une bonne nouvelle… A  100 mètres je vois devant moi une personne qui traverse rapidement avec un gros appareil photo… C’est mon copain Bernard qui, soucieux d’avoir le meilleur angle de vue vient de décider précisément à ce moment que ce serait mieux de ce côté…Je déboule à fond en criant « Bernaaaard !!! » ; le temps qu’il réalise, il me shootera… de dos !

 

30 secondes plus tard, juste derrière la coureuse aux mollets technicolores, je casse sur la ligne pour un 3h43:15 de la nuit des temps, tout heureux de pouvoir encore sortir ce chrono improbable cette année… et gagne assez difficilement ma petite bataille contre l’anoxie de fin de course. La miss en jaune arrive quelques minutes après, Fred aussi, et David juste après moi.

 

Et 10 minutes plus tard, la pluie commence à tomber

 

2 heures après, ce sera le déluge, j’ai une pensée pour les coureurs encore en piste…

J’ai aussi une pensée pour Tony « El Palmero » dont les soucis de santé du moment m’ont fait relativiser les petits tiraillements parfois ressentis sur le parcours…

 

Enfin, c’est dans un bistrot servant d’excellents fish and chips (et une bonne bière) que le soir nous nous requinquerons ; Reykjavik le samedi soir est très « crowdy », les gens sortent en masse et les rues sont très animées. Ah, tous ces anoraks, polaires, bonnets, écharpes, croisés en plein mois d’août…

 

Dimanche

 

Puis le lendemain, profitant de l’entrée offerte aux coureurs, nous irons nous vautrer dans le hot tube d’une des piscines géothermiques -à ciel ouvert- de la ville qu’affectionnent les islandais, avec ses bains à 38°C… J’ai même trempé mes jambes, puis le corps entier (j’ai bien cru y rester avec arrêt cardiaque immédiat) dans un bassin annoncé à « 5-8°C », sidéré par la facilité de certains à y aller, et y rester !

 

Ils sont fous, ces Vikings.

Le jour où la chrysalide a éclos
Le 21ème est dans la boîte !
 

Commentaires 1

Aïolirun le mardi 13 novembre 2018 07:24

exotique au possible ! dépaysant, merci !

exotique au possible ! dépaysant, merci !
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Invité
mardi 22 janvier 2019