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Marathon de Blaye 2005 : Deux yeux et un élastique pour deux marathoniens

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Cette deuxième édition du Marathon des Premières Côtes de Blaye occupera une place bien à part dans le tiroir chargé de mes souvenirs de courses. L’histoire commence bien sûr sur Courir Le Monde avec un appel de Jean-Claude, relayé par un post de Shadock sur le forum, destiné à trouver des accompagnateurs sur les prochains marathons qu’il a inscrit à son programme démesuré pour les mois à venir. Il faut savoir que Jean-Claude s’est fixé pour objectif de courir tous les marathons qui existent en France et qu’il a déjà rempli une bonne partie de ce contrat hors normes puisque dimanche, il a bouclé en ma compagnie son 84ème marathon avec très peu de doublons à la clé.

Pour en revenir au forum, un petit déclic s’est produit en moi lorsque j’ai vu apparaître dans la liste de Jean-Claude, le Marathon des Premières Côtes de Blaye. Celui-ci figurait déjà en bonne place sur mes tablettes pour cette première partie de saison. L’idée faisait son chemin mais bien des questions se bousculaient encore aux portes de ma résolution : Suis-je capable de tenir ce rôle ? Que faut-il faire exactement ? Mon niveau de performance est-il suffisant ? ….

Jean-Claude s’est empressé de balayer tous ces doutes dès notre premier contact téléphonique et j’ai alors véritablement senti mon cœur battre pour ce projet. Ma première initiative fut de contacter les organisateurs afin de m’assurer que notre participation ne posait pas de problème. L’affaire du Marathon du Mont Saint-Michel m’avait laissé un goût amer, même si la conclusion a été finalement favorable à l’inscription de Jean-Claude.

A Blaye, autant vous dire qu’il n’y a pas eu l’ombre d’une hésitation et c’est avec enthousiasme que notre participation a été enregistrée et saluée par les organisateurs.

Samedi 14 mai, c’est à la gare de Bordeaux que notre rendez-vous est fixé. Jean-Claude s’est embarqué dès le matin au départ de Dijon, infatigable voyageur qui promène sa passion de la course à pied sur l’ensemble du territoire, week-end après week-end. Le contact est aisé lorsque l’on partage cet amour de l’effort et notre conversation roule tout naturellement sur nos expériences respectives de course à pied.

Le temps de partager en famille l’incontournable plat de pâtes du menu pré-marathon et c’est déjà une amitié qui se noue.

Dimanche, l’aurore se dessine à peine que nous avons déjà revêtu les atours des parfaits marathoniens en partageant le gâteau Overstim. En voiture vers Blaye et sa célèbre citadelle. Dès le retrait des dossards, l’organisation fait montre de son dévouement et de sa gentillesse. J’ai hâte mais j’appréhende de courir avec au poignet cet élastique qui va me lier à Jean-Claude pendant 42 km. Je lui fais répéter encore une fois la manière dont il souhaite que je le guide. Il affiche une sérénité qui me donne confiance. Nous nous retrouvons placés aux avant-postes sur la ligne de départ et à 9h00 c’est un peloton coloré de plus de 300 coureurs qui s’élance à notre suite.

Nous avons décidé de partir sur un rythme de 5’ au km et de réviser ensuite cet objectif  selon les difficultés qui nous seront proposées par ce parcours. Je suis concentré sur mon rôle, il s’agit d’être vigilant à tout ce qui pourrait constituer une difficulté à la course de Jean-Claude. A l’amorce du premier virage, je saisi le poignet de Jean-Claude comme convenu, en lui donnant les renseignements oraux sur la direction que nous allons prendre. A peine 500 mètres de course effectués et  le parcours emprunte un premier chemin. Nous voilà donc mis d’emblée dans l’action. Il faut savoir que notre progression est un peu plus compliquée sur des chemins qui peuvent receler à tout moment quelques pièges (trous, cailloux, racines …). Mais les chemins de Blaye sont plutôt carrossables et je me contente d’annoncer les différences de niveau ou de revêtement. Le peloton est encore compact autour de nous mais les marathoniens nous facilitent la course en s’effaçant le plus possible devant nous. Jamais je n’avais bénéficié d’autant de soutien de la part du public, notre passage est systématiquement salué par des applaudissements et des encouragements. J’ai lu différents sentiments dans ces regards portés sur notre curieux attelage. Il y a d’abord l’incrédulité, beaucoup de ces spectateurs improvisés n’avaient pas imaginé qu’un non-voyant puisse participer à ce marathon qui passe ce matin devant leur porte. Mais l’instant de surprise passé, c’est l’admiration qui l’emporte et qui s’exprime le plus souvent. Nous en avons entendu des «c’est bien», «c’est formidable» et des «bravo». Pourtant, j’ai senti chez d’autres, une retenue que j’explique par cette pudeur naturelle face au handicap. Mais tous ces gens nous ont salué à leur façon et je pense que Jean-Claude perçoit l’émotion très forte que son passage suscite chez les spectateurs.

Notre rythme est conforme à nos prévisions, nous passons ainsi au 5ème km en 25’ et au 10ème en 49’. Les quelques secondes perdues sur les passages de chemins sont vite regagnées dès que l’on retrouve le goudron plus propice à notre progression. Notre mode de fonctionnement est dorénavant bien réglé et les appréhensions du départ ont bien vite disparues. Les personnes qui me connaissent savent que je ne suis pas d’un naturel très volubile mais pour l’occasion j’essaye de transmettre le maximum d’informations à Jean-Claude et sur ce parcours ce ne sont pas les occasions qui me manquent. Au-delà des éléments propres à sa sécurité, je tente de lui faire partager la beauté de ce parcours champêtre et viticole. Les villages de Haute Gironde que nous traversons sont en fête et de nombreuses décorations sur le thème viticole nous sont proposées sur le parcours. Les organisateurs n’oublieront d’ailleurs pas de récompenser ces efforts sous la forme d’un challenge des villages. Un bien beau parcours certes, mais exigeant. Nous devons faire face à une succession de bosses plus ou moins marquées et nous pensons tous les deux à cette fin de parcours que l’on nous a annoncée comme redoutable. Nombre de ravitaillements jalonnent notre itinéraire à tel point que nous ne pouvons pas tous les honorer. Il faut dire que l’on n’y trouve pas exclusivement les produits conseillés aux marathoniens mais, pays viticole oblige, le nectar local rempli les verres pour le plus grand plaisir des concurrents venus aussi pour cet aspect convivial et festif de la manifestation. Le Marathon des Premières Côtes de Blaye n’a pas à rougir face à son parrain d’en face, le Marathon du Médoc. Les Châteaux sont certes moins prestigieux que de l’autre côté de l’estuaire mais l’esprit est bien là et la présence d’ Hubert Rocher est en le plus vibrant témoignage.

Nous voici déjà au 30ème km en 2h32’. Habituellement, je vis mes marathons en écoutant mes sensations, mes inquiétudes, mes petites douleurs et en fait très égoïstement. Cette fois, mon esprit a été accaparé par mon rôle d’accompagnateur et jusqu’au 35ème km je n’ai pas vraiment songé à moi. Mais si je pouvais croire que ce rythme était somme toute confortable, j’allais bien vite être ramené à la dure réalité du marathon. Devant nous se dresse la fameuse côte tant redoutée et redoutable. Nous rattrapons plusieurs concurrents qui ont pris l’option de marcher pour passer cette difficulté. Les muscles de mes jambes font entendre les prémisses de la fatigue, la vigueur qui m’animait il y a encore quelques kilomètres me fuit. Certes, je ne suis pas un spécialiste de la côte mais je dois maintenant forcer dans cette fin d’ascension. Jean-Claude qui est manifestement plus à l’aise que moi dans cette partie me soutient jusqu’au sommet que nous atteignons sous les encouragements d’un public massé nombreux à cet endroit. Dans la descente qui suit, un début de crampe me saisit le mollet droit et nous oblige à adopter un rythme plus lent. Cette fin de course s’avère plus difficile que prévue mais je tiens bon avec cet élastique qui me tire désormais vers Blaye. Nous sommes au pied de la Citadelle et les 500 derniers mètres doivent nous mener à son sommet par ce raidillon semé de gros pavés disjoints. Le tapis rouge a été tiré et un accueil formidable nous est réservé à l’arrivée. 3h45’ c’est le temps pendant lequel Jean-Claude et moi avons été reliés par l’élastique. Mais une fois que cet accessoire tellement symbolique eut rejoint le sac de sport, le lien n’a pas été rompu pour autant. L’après-midi fut chaleureuse avec ce pique-nique de coureurs sous le soleil et tellement d’émotions à revivre au travers des conversations.

Avant de terminer ce récit un peu long, je veux témoigner ici de la formidable expérience que j’ai vécu ce week-end et qu’il me soit permis de penser que d’autres coureurs seront tentés à leur tour par cette aventure. Pour ma part, j’ai déjà d’autres projets avec Jean-Claude.

 

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dimanche 15 décembre 2019