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Cap-Ferret, Bordeaux, Nice-Cannes 2019 : mon petit triplethon d’automne!

3medailles

Piraillan, dimanche 20 octobre

15 jours après Jersey commençait mon tryptique Marathon des Villages – Marathon de Bordeaux – Marathon de la Côte d’Azur. Bordeaux ne devait initialement pas se situer à ce moment du calendrier, mais le mouvement des gilets jaunes était passé par là fin mars… J’avais reposé la machine en ne faisant que 2 sorties vélo avant un test de course sur piste forestière qui malheureusement me fit rentrer en marchant après… 2km, à 3 jours du marathon !! Ma tendinite d’Achille était toujours là.

C’est donc avec une grosse appréhension que je débarquais à Piraillan dimanche à l’aube pour retrouver la famille violette des Laurette Fugain au grand complet !  Croc’s verts (les mêmes qu’à Jersey) et tutu / perruque violeta étaient du plus bel effet…

Mais ce matin il pleut tellement fort que tout le monde se réfugie sous une grande structure couverte qui longe la zone de départ, ce qui fait qu’à 2 minutes du start, les sas départ sont vides, impressionnant !! J’ai intercalé un sac poubelle entre un 1er t-shirt et mon violet, ainsi je baignerai dans mon jus et serai relativement à l’abri !

Après un courageux échauffement chorégraphique orchestré par les Laurette, le départ est donné sous des trombes d’eau. Je pars très prudemment, les oreilles dans mon tendon d’Achille. La pluie faiblit peu à peu mais ne cessera pratiquement jamais, et de grosses flaques d’eau font parfois faire des petits sauts de cabri – aïe, le tendon ! -  autres crochets sur les trottoirs au peloton, moi je ne crains rien avec les croc’s !

Et peu à peu je vais passer en revue tout ce qui fait  le charme de ce marathon si particulier :  la pointe aux chevaux et son « coup de cul », le centre équestre, cette longue ligne droite entre les bornes 18 et 23, les « 44 » en forêt, le phare, le sémaphore, le demi-tour à l’extrême pointe, la remontée à travers les villages ostréicoles … Quel bonheur après avoir renoncé sans courir l’an dernier à cause de cette foutue hernie discale…

Étrange sensation d’avoir l’envie et l’énergie pour accélérer mais sentir qu’alors Achille pourrait céder…  « L’école de la patience » me suis-je répété souvent sur la course. Les gens sont toujours aussi surpris par mes chaussants : « quel courage », « oh, regarde »… Ca fait discuter et passer le temps. Le ciel est bien gris et la visibilité marine très limitée sur le retour, ainsi on ne verra pas la dune du Pyla cette année.

Vers le 30ème km une jeune relayeuse me dit qu’elle me suit depuis 10 km et que mon rythme lui convient bien. Parfait, je réponds, courrons ensemble ! Nous papoterons ainsi jusqu’au finish, elle sera satisfaite de sa course… un moment bien sympa, merci Bleuène pour ces quelques km partagés ! Après 4h41 rehaussées tout de même d’un gros negative split, je franchirai la ligne pour recevoir une belle médaille pour le jeune Simon pour qui j’ai couru aujourd’hui. Autre cadeau de l’organisation, cette ampoule apocalyptique à cause du bain imposé à mes pieds sur tout le parcours !

Et pour amorcer la réhydratation (même en cas de pluie c’est important), nous avons trinqué en dégustant une bouteille de « Château Laurette », un bien agréable Côtes de Bourg déniché quelques mois auparavant, pour le partager avec mes amis violets.

Bordeaux, samedi 26 octobre

 Le samedi suivant, je me rendais sur les quais de Bordeaux en début de soirée, la météo était cette fois-ci idéale, il faisait frais, il n’y avait pas de vent. J’arborais à nouveau ma tenue violette  agrémentée de bandes luminescentes bleues et roses

Les très longs sas de départ se remplissent peu à peu, la nuit tombe et une puissante animation sonore et lumineuse devant la place de la Bourse met le feu pour faire patienter les milliers de bipèdes, répartis entre marathon solo, semi-marathon et relais. J’y retrouve avec plaisir Barbara « SamOripile », des epicuruns bordelais. Le long serpent se lance lentement, il nous faudra 10 minutes pour franchir la ligne. Nous partons ensemble, pour être vite séparés après 2km sur le pont par le flux... La première boucle devant une foule enthousiaste le long des quais de Garonne nous fait franchir le pont Chaban et sa vue sur la Cité des Vins illuminée, deux emblématiques monuments du Bordeaux moderne en une  seule vue, c’est somptueux. Puis c’est le retour par le pont Saint-Jean désormais traversé uniquement par le tram. Par la porte de Bourgogne on remonte le cours Victor Hugo devant cette foule qui rappelle le Tour de France, suit alors une petite boucle en ville. C’est un émerveillement ! Les cours et immeubles sont éclairés d’or dans la nuit obscure, je cours le nez en l’air alors que le moindre faux pas en croc’s ne pardonne pas ! La place Pey-Berlan nous fait une ovation.

Ensuite on quitte la ville vers l’ouest, les pelotons se séparent place Gambetta, juste au moment  où les flammes des 4 heures me passent, et en route pour Pessac, Talence… On longe les vignes du Château Picque-Caillou. Je suis très prudent sur mes foulées dans cette semi-obscurité, il s’agit de ne pas tomber !! Au km 16-17 je retrouve une perruque jaune bien connue des pelotons, Jean-Marc « Ma’Dona », qui est venu profiter de cette nuit girondine... Nous enroulons ensemble le Château pape Clément que l’on traversait les années précédentes et papoterons jusqu’au km 22 où il veut ralentir un peu.

Le retour vers Bordeaux  par Talence est plus calme. Soudain au  23ème km, une vive douleur me réveille et transperce mon  quadriceps gauche ! Elle m’oblige à ralentir nettement, moi qui étais sur mon petit rythme diesel régulier… je m’inquiète, des images noires me traversent l’esprit, puis petit à petit ça va mieux et je repars, mais je garderai cette contracture toute la semaine. Heureusement, Achille reste discret (tout ne va pas mal !), j’avais pris un kétoprofène préventif avant de partir, unique médication hors-glace et argile verte cette semaine…

On rentre à nouveau à l’intérieur des boulevards, pour les derniers passages dans les quartiers aux petites échoppes et les dernières boucles en centre-ville. Les gens sont toujours là, devant leurs maisons. Au km 31, un groupe de jeunes tente de fourguer un gobelet de Ricard aux coureurs pour les encourager. La tête de l’ado quand je le prends en vol et le vide d’un  trait, je suis une star!!

C’est le money time, on passe une dernière fois à travers les symboles de Bordeaux, la place Pey Berlan et sa cathédrale Saint-André, la place des Quinconces qui accueille la fête foraine, le grand Théâtre, puis on remonte le cours de l’Intendance, vire à gauche, et c’est la descente du  cours Alsace-Lorraine, jusqu’à ce que  la porte Cailhau s’offre à moi. Ultime virage à gauche et c’est la dernière ligne droite pour une arrivée triomphale sur les quais !

Après 4h17 (semi en 2h07), je reçois ma belle médaille, et vais profiter sereinement d’un petit casse-croûte dans le palais de la Bourse et ses plafonds à 10 mètres, quelle classe ! Après quoi je quitterai les lieux en claudiquant sur mon ampoule ressuscitée pour aller chercher mon tram…non sans avoir remercié une dernière fois les bénévoles, au top tout le long, même si parfois le flot très dense des coureurs les a un peu débordés.

Lundi, l’échographie confirmera une tendinite bien marquée avec épaississement du tendon encore tuméfié de cette nuit bordelaise.

Nice, dimanche 04 novembre

La nuit niçoise a été agitée… Au lit à 21h, mon twin et moi étions en grande conversation à 3h du mat’ dans notre chambre d’hôtel sous le feu des éclairs, le fracas du tonnerre et des trombes d’eau qui se déversaient sur la ville.

Au petit matin, croc’sés et parés de nos atours violets Laurette, c’est en sacs poubelles 130 litres que nous rejoignons la zone départ. Trempés bien avant le coup de pistolet qui sera annoncé retardé de 2h, puis seulement d’½ heure par l’organisation sautant sur la meilleure fenêtre météo du moment, nous nous délestons des sacs coureurs dans les camions consignes sur la place Massena quand j’aperçois LE fondateur de Courir Le Monde, le chef Riri en personne ! Il est venu accompagner sa fille et une copine, la relève est là! Un long papotage plus tard - le chef est bavard - nous nous plaçons en fin de peloton dans les sas 4h30, pour partir sous une averse monstrueuse, (on ne voit pas le Negresco !) qui durera pas loin d’une demi heure. Comme c’est agréable, cette sensation de premières gouttes froides qui pénètrent dans le dos, tandis que les pieds pataugent dans d’énormes flaques ! Quelques coups de tonnerre puissants retentissent encore, et par réflexe on se met à compter  les secondes à chaque fois, mourra-t-on noyés ou électrocutés aujourd’hui ??

Dans cette ambiance aquatique, nous progressons sans état d’âme en veillant à ne pas glisser et toujours une oreille dans Achille et quadri droits. La pluie s’estompe peu à peu, on enlève es sacs poubelles en faisant bien attention aux éventuels obstacles ! Je ferai cette manœuvre 3 ou 4 fois sur le parcours avant de jeter définitivement ma peau de plastique au 39ème km…

A Marina Baie des Anges, les boucles en aller-retour nous donnent l’occasion de croiser une grosse partie du peloton, c’est là que soudain j’entends « Doumé !, Nono ! » crié par Quentin le triathlète !

Nos pas claquent dans les flaques… Chaque relais amène son lot d’ambiance et de fougue fraîche, et nous nous faisons  enrhumer par les nouveaux partants. La longue ligne droite que nous amorçons alors en longeant la voie ferrée nous amènera au 20ème km, et pour adoucir ce long passage nous évoquons notre prochain Beaujolais, traditionnel et incontournable feu d’artifice de fin de saison ! A Antibes, le semi est passé en 2h12, juste avant de longer le port de plaisance et d’attaquer les remparts avec vue enfin, quand il fait beau). Hier nous avons pris de belles photos ici, il faisait presque bleu…

Et au sortir de la ville commence la portion vallonnée qui se terminera par la montée de la Garoupe. C’est à peu près ici que Nono m’a laissé partir lorsqu’il subit un coup de mou…. Je pense alors que comme bien souvent il va me remonter peu à peu et que je sentirai sa main sur mon épaule avant le 40ème km ! Il est venu aujourd’hui chercher sa 12ème étoile, et donc le chrono est tout à fait secondaire. J’attaque donc seul cette dernière partie en sortant du ravito.

Quelques km plus loin, alors que je suis seul dans ma bulle, j’entends derrière moi comme un murmure et des foulées qui martèlent le sol, c’est la flamme des 4h30 qui passe. Etonné, et un peu déçu il faut bien le dire, j’essaye de m’accrocher mais sans grande conviction, et le groupe s’éloigne insensiblement… Je tente des calculs dans ma tête, cherchant à estimer mon retard à l’arrivée.

La grande descente vers le golfe nous amène au 30ème km, on longe une mer suffisamment houleuse pour arroser les coureurs imprudents qui trottinent sur la partie gauche de la route ! je fais l’intérieur pour ne pas en rajouter à mon sac poubelle, ce sera la dernière fois que je l’enfile sous une brève averse. On sent bien que la météo bascule peu à peu, le ciel s’éclaircit ! Aux ravitos je prends désormais mon légendaire mélange « micocamieau », des morceaux de bananes, et quelques Tuc pour apporter du sel.

Km 33, toujours dans Antibes, de plus en plus de coureurs épuisés marchent et je remonte la file avec ma foulée toujours régulière même si de moins en moins souple. Je remonterai ainsi 500 coureurs jusqu’à l’arrivée (un peu d’autosatisfaction de fin de classement fait du bien aussi, hein !!).

Km 35, Vallauris Golfe Juan, le ciel est bleu, alleluyah !!

Une portion montante, et c’est maintenant à nouveau une longue ligne droite, puis une succession de faux plats sur lesquels j’ai le souvenir de toujours m’être bien senti ! Et donc je double, et je double encore ! Surprise, au 36ème km je rattrape et dépose la flamme 4h30, ce qui a pour effet entre autres de me regonfler le moral ! D’un coup je m’accroche à nouveau à ce chrono de 4h30 qui me comblerait bien, pour finir en beauté  cette quinzaine à 3 marathons !

Km 39, virage à gauche et on retrouve la côte pour un dernier baroud. Au port de Cannes un fort vent de face nous accueille pour nous stopper net ! Mais le soleil brille maintenant, et ça sent l’écurie ; Achille totalement indolore, la dernière ligne droite est bien vite avalée, et dans un geste emphatique je lève mon chapeau à la Croisette en franchissant l’arche en 4h28 !

Mon Nono arrivera 6 minutes plus tard et nous pourrons parader avec cette gigantesque médaille turquoise (10cm de diamètre tout de même).

Un seul bémol , la gestion des arrivées où les finishers  doivent attendre un bon quart d’heure avant de pouvoir boire une goutte d’eau, à un buffet de ravito final plutôt famélique.. L‘Organisation a un vrai point faible à gérer  ici, mais elle peut remercier chaleureusement tous ces bénévoles qui se sont presque noyés, électrocutés, ou qui sont morts de froid aujourd’hui. Cote d’Azur changement climatique ? Je demande confirmation l’année prochaine !

 

Ainsi prit fin mon petit défi de fin d’année, terminer 3 marathons en 15 jours tout en préservant mon tendon d’Achille fatigué, qui me fit la grâce d’être de moins en moins sensible au fil des courses.

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dimanche 15 décembre 2019