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Ultra di Corsica 2019

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« Mi ne vogu », je m’en vais ... cette belle chanson de Vitalba lance le départ de cet Ultra di Corsica 2019 sous les applaudissements et les fumigènes qui embrasent le cours Paoli dans la nuit Cortenaise.

253 coureurs et moi, je m’en vais pour la troisième fois sur ce magnifique parcours que je connais par cœur et respecte ô combien, alors je suis serein et méfiant à la fois. Malgré tout j’ai un rêve: passer Bocca alle Porte au km80 avec suffisamment de luminosité pour admirer le splendide panorama avec vue plongeante sur les lacs de Melo/Capitello ...

Petit tour dans la haute ville et voilà le sentier, les encouragements du public cèdent la place au ballet des frontales sur le fond rythmé du cliquetis des bâtons, chacun rentre dans sa course.

Pour rejoindre le pointage d’E Padule ça monte direct sur 7km/1300+ en passant devant l’imposante arche de Scandulaghju. Je double parfois des groupes de coureurs pour pouvoir garder mon propre rythme et transpire déjà pas mal alors je bois sans cesse si bien que j’arrive au ravitaillement à sec après 2h de course.

Un beau feu de camp nous accueille, je refais le plein et repart en direction de Boniacce. Au programme une courte montée, courte descente puis 5 km de piste forestière en faux-plat sur laquelle je cours tout le temps.

La course est désormais décantée, les sensations sont bonnes et après 3h de course à Boniacce (km14) je me fais plaisir dans la descente en direction du refuge de la Sega.

Cerné de majestueux pins Laricciu, le Tavignano gronde le long du faux-plat montant qui nous mène au raidillon où se trouve depuis des années un énorme arbre vrillé, couché sur le sentier. Malgré quelques tiraillements physiques qui apparaissent puis disparaissent ici ou là je rejoins le pointage de Pinadellu sans encombre jusqu’à ce que tout se dérègle: maux de ventre, crampes aux cuisses, envie de dormir ... j’ai un terrible coup de mou et commence à cogiter sous le ciel étoilé.

Heureusement la montée qui mène à Bocca Capizzolu est douce, puis c’est la longue descente vers Calacuccia qui commence. Elle n’est pas très technique alors je fais le dos rond, trottine et continue à boire jusqu’à être de nouveau à sec mais par chance le ventre finit par se dénouer. Soulagé, j’apprécie les premières lueurs du jour qui rougissent le lac de Calacuccia et laissent émerger l’aileron du Paglia Orba et la chaîne du Cinto. L’envie de dormir disparaît en même temps que la nuit, une deuxième course commence ...

Après un passage de transition sur la route via le village de Casamaccioli, voici le ravitaillement de Calacuccia au km33 en 6h50.

17mn d’arrêt avant d’attaquer la montée de 11km/1700+ qui commence tranquillement jusqu’au refuge de l’Ercu par un peu de route et de piste forestière, sympathique mise en bouche de 700+ sans ombre mais dans un décor encore végétal.

Peu à peu le vert devient pierre, la pente se raidit et certains gros blocs nécessitent l’aide des mains, respiration et transpiration s’accélèrent mais par chance de nombreux petits ruisseaux permettent de faire baisser le thermostat.

Les amas de pierres se multiplient, la banderole « Restonica Trail » au sommet est désormais visible mais avant de l’atteindre je sais qu’une belle récompense arrive ... j’aperçois quelques névés, encore quelques mètres, il approche ... les cris d’encouragements descendent et résonnent dans cette cuvette quand enfin le voilà: le lac, le sublime lac de Cinto.

Le dernier effort et pas des moindres dans les éboulis réactive mes crampes aux cuisses mais j’arrive enfin à Bocca Crucetta 2454m d’altitude, le sommet de la course. Le merveilleux panorama en guise de cadeau de bienvenue fait (presque !) oublier les 3900d+ depuis le départ. L’accueil de l’équipe et le mini ravitaillement font aussi énormément de bien avant d’entamer la descente vertigineuse en direction des bergeries de Ballone dans 1000d-/3,5km.

Nous sommes maintenant sur le GR20 pour 40km, éboulis, barres rocheuses, petits ruisseaux rafraîchissants puis retour de la végétation, c’est l’exact scénario inverse de la montée précédente. Mes muscles se décontractent peu à peu et j’arrive à faire une descente correcte pour atteindre Ballone en 1h pour 11h30/47km au total.

Encore un super accueil pour un autre gros quart d’heure de pause, je suis tout à ma joie d’avoir passé ce gros morceau depuis Calacuccia qui plus est en bon état après ces diverses alertes. Je repars sur une portion de transition ombragée qui mène à un beau mur d’escalade de 700+/3km pour rejoindre le prochain pointage de Ciotullu di i mori.

Toujours des petits ruisseaux salvateurs mais surtout le vent réussissent à atténuer la difficulté de cette montée sous le soleil de midi. Le vent se renforce encore en passant Bocca Foggiale si bien qu’avec mes vêtements trempés de sueur j’en ai presque froid, c’est fou ! Encore 10mn d’un chemin plus souple entouré de pierres rouges/violettes et j’arrive au refuge de Ciotullu qui tourne le dos à l’intimidant duo Tafunatu/Paglia Orba mais fait face à la magnifique verte vallée qui nous mènera à Vergio.

Les 5km de descente qui mènent aux bergeries de Radule sont agréables car le sentier qui longe le bébé Golo est peu accidenté. J’arrive à trottiner ici ou là tout en appréciant les piscines naturelles qui donnent envie d’aller piquer une tête.

Après Radule, je m’arme de patience car la route et le grand ravitaillement de Vergio se font désirer dans cette portion en faux-plat. Heureusement ces 3km sont en sous-bois et bien aérés par un vent encore présent, j’arrive à Vergio en bon état après 15h38 de course pour 60km.

Je récupère mon sac de délestage, me pose, fais mes petites affaires, mange, etc ... pour une grosse demi-heure d’arrêt.

Maintenant direction le lac de Nino. Ça commence en sous-bois par une portion assez roulante jusqu’à ce que commence la souple montée vers le col Saint Pierre. Le vent est toujours là, tant mieux car les arbres et l’ombre se font de plus en plus rares en prenant de l’altitude, la chaleur est de nouveau rendue supportable et je commence à penser sérieusement à mon rêve, ça me booste ...

L’oratoire passé, je garde mon tempo soutenu et arrive sur le chemin de crête avec vue à 360° qui mène à Bocca a Reta. Ensuite ça bascule souplement. J’entame une descente douce qui me permet de trottiner pendant quelques minutes quand une nouvelle carte postale s’offre droit devant: le lac de Nino et ces vertes pozzines où paissent de nombreux chevaux sauvages. Bim, prends ça dans tes yeux !

Km70, ravitaillement au bord du lac, pause habituelle d’un bon quart d’heure avant de repartir sur une partie fluide vers les bergeries de Vachaghja puis le refuge de Mangano. Je temporise car après c’est du costaud, elle se mérite cette ultime récompense.

Il est 18h30, me voilà au pied du monstre: la montée vers Bocca Alle Porte surnommée aussi la brèche de Capitello. Sur le papier, elle ne semble pas si terrible mais sur le terrain et surtout à ce stade de la course elle fait mal, très mal.

Ça commence fort, il faut parfois mettre les mains et les bâtons sont gênants. Une première jolie petite prairie se dévoile le temps de souffler un peu et ça repart dans les blocs de pierres, deuxième prairie, le soleil cogne sur mon dos, encore des blocs, j’ai chaud, la pente se raidit, les marches se font toujours plus hautes, je respire de plus en plus fort et fais une courte halte devant un mince filet d’eau. Je repars, gros pierrier, je pousse sur mes bâtons et lève la tête: voilà la brèche 100m plus haut ! Encore un effort, elle approche. Cool, un sentier de terre entre les pierres, plus que quelques pas, une dernière double marche et j’ouvre enfin mon cadeau: ça y est je l’ai, j’y suis !!! Je le tiens mon rêve en plein jour: vision féerique sur les lacs de Capitello et de Melo avec le massif du Rotondo en toile de fond, j’ouvre grands mes yeux déjà ruisselants et savoure ce grand moment, je suis très ému.

Avec le changement de versant me voici à l’ombre sur ce terrain toujours rocheux qui rend la progression laborieuse malgré la descente et le passage en crête qui mène à Bocca Soglia. Je dis au revoir au GR20 et aux sommets du sud de l’île avant de basculer vers le point de contrôle.

Km82, il est 20h30 je ne tarde pas trop pour profiter au maximum de la luminosité qui reste, c’est un véritable atout dans cette descente cassante qui mène sur les vertes rives du lac de Melo. J’ai un peu la nausée depuis l’effort de la brèche mais les jambes répondent toujours bien même s’il m’est toujours difficile de courir dans ce puzzle de pierres.

Je m’active car la nuit s’installe au fur et à mesure que le sentier se dépouille de cailloux jusqu’à mon arrivée au ravitaillement de Grotelle dans le noir en 1h10 pour seulement 4km c’est dire !

Grosse demi-heure de pause ou je me fais chouchouter encore plus qu’ailleurs par les adorables bénévoles ce qui n’est pas peu dire tant l’accueil est parfait partout. Je reste assis et on s’occupe de tout pour moi: remplissage du camelbak, soupe, sandwich, café, 2 spasfons pour le bide et même lavage puis crémage des pieds pour mon quatrième et dernier changement de chaussettes de la course.

La descente douce de 6km commence sur la route jusqu’au pont puis longe la Restonica. Ça se trottine sur les aiguilles de pins mais pas toujours car il reste encore quelques cailloux ! C’est usant, je suis ballotté dans tous les sens et m’impatiente d’atteindre le début de la montée vers le plateau d’Alzu.

C’est enfin chose faite, voici la dernière ascension, 700+/5km. Elle n’est pas méchante si on prends bien soin de prendre les lacets du sentier et non pas les coupes autorisées et balisées droit dans la pente. À mi chemin je me fais surprendre et me retrouve justement dans le pentu, ouille ça chatouille ! On ne m’y reprendra plus. Je monte correctement mais la fatigue s’installe et la vigilance baisse. Je me perds dans mes pensées lorsque j’aperçois un petit mur, pas possible je n’ose pas y croire, déjà Capellacia et ses bergeries ? Mais oui, yes de chez yes, j’y suis !!! Je suis ravi, s’en est fini du d+, il ne me reste « plus qu’à » rejoindre le ravitaillement du plateau d’Alzu et les 13km de descente jusqu’à Corte.

Je suis revigoré tout à coup et réalise que je suis en train de faire une belle course dans un chrono inespéré.

Au ravitaillement je ne m’attarde pas trop car je n’ai qu’une idée en tête: rallier l’arrivée sans dormir. Il est 1h du matin, je repars en courant, presque euphorique. J’ai l’impression de n’avoir mal nulle part, le corps a des ressources inouïes, après 100 bornes c’est fou ! Je profite que tous les voyants soient au vert pour bien avancer mais la couleur va peu à peu changer ...

Après 5km la pente est moins raide et je peine à courir désormais, j’avance laborieusement. Les kilomètres défilent de plus en plus lentement, ampoules, crampes, les douleurs se réveillent et moi je m’endors.

Le pont du Russulinu, plus que 5km ... qu’est-ce que je baille ! J’aperçois les lumières de la ville très loin, plus que 3km ... je sombre complètement le corps bringuebalé à chaque pas et n’ai qu’une hâte, retrouver le bitume.

C’est chose faite, voici la route, c’est presque fini.

Musée de la citadelle, escaliers en pavés, la statue de Pascal Paoli et enfin la dernière ligne droite. Il est 4h du matin, sourire scotché je remercie les trois spectateurs qui applaudissent et je passe la ligne d’arrivée, la joie est très intérieure c’est un youpi façon Droopy.

Clap de fin, 110km/7200+ en 29h08, je suis autant cuit que ravi, c’était une aventure extraordinaire et j’ai des souvenirs pour des années. Je ne remercierai jamais assez l’ensemble de l’équipe du Restonica Trail et tous les bénévoles pour ce que vous êtes et ce que vous faites, sans vous rien de tout cela.

 

 

 

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Commentaires 4

Aïolirun le mardi 23 juillet 2019 21:04

Ben ça calme ! Bravo Chachat ! Je crois que j'irai un jour la voir la vue depuis la brèche de Capitello, à voir ton émotion ça doit être grandiose !

Ben ça calme ! Bravo Chachat ! Je crois que j'irai un jour la voir la vue depuis la brèche de Capitello, à voir ton émotion ça doit être grandiose !
Chachat le mardi 23 juillet 2019 22:23

Merci mon Benoit, c’est vraiment magnifique mais c’est surtout un coup de cœur qui date de notre première participation au Restonica Trail en 2012 sur le 68km, ensuite j’étais passé de nuit en 2015 en solo et en 2016 avec Delphine c’était très fort aussi. Comme dit Pagnol dans la gloire de mon père: en montagne (colline) on a toujours envie d’aller voir derrière !

Merci mon Benoit, c’est vraiment magnifique mais c’est surtout un coup de cœur qui date de notre première participation au Restonica Trail en 2012 sur le 68km, ensuite j’étais passé de nuit en 2015 en solo et en 2016 avec Delphine c’était très fort aussi. Comme dit Pagnol dans la gloire de mon père: en montagne (colline) on a toujours envie d’aller voir derrière !
El Palmero le samedi 3 août 2019 06:30

ça fait plaisir de revoir le légendaire Chachat sur CLM ... tes exploits nous manquaient! Tu es un grand fada pour t'attaquer à des chantiers pareils! Impressionnant!!!

ça fait plaisir de revoir le légendaire Chachat sur CLM ... tes exploits nous manquaient! Tu es un grand fada pour t'attaquer à des chantiers pareils! Impressionnant!!!
MarieNo le lundi 5 août 2019 19:16

grâce ou à cause de ton cr, voilà la Restonica Trail sur ma Torunlist pas sur le format de course que tu as choisi, je tiens à ma vie c'est un truc de ouf que tu as accompli, très grand bravo.

grâce ou à cause de ton cr, voilà la Restonica Trail sur ma Torunlist :D pas sur le format de course que tu as choisi, je tiens à ma vie :p c'est un truc de ouf que tu as accompli, très grand bravo.
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Invité
samedi 17 août 2019