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Diagonale des fous 2022 : Le retour !

FTDiag

Il y a quatre ans, j’avais dû abandonner après 128 km à cause d’ampoules alors que j’avais le physique pour aller au bout. C’est donc dans un état d’esprit revanchard que je me suis envolé pour La Réunion pour participer de nouveau à la Diagonale des fous. J’espérais avoir appris de mes erreurs en ce qui concerne la gestion des ampoules et du sommeil.

Mercredi 19 octobre 2022. Comme chaque année, la remise des dossards a lieu à Saint-Pierre, au sud de l’île, la veille de la course. Alors que, en 2018, j’étais ensuite revenu à Saint-Denis (où habite une partie de ma famille) pour retourner à Saint-Pierre en bus l’après-midi précédant la course, j’ai cette fois décidé de réserver une chambre d’hôtel à Saint-Pierre du mercredi au vendredi, afin de m’épargner la fatigue liée aux trajets et de pouvoir attendre le dernier moment pour me rendre au départ. Après avoir dû faire deux heures (!) de queue sous le soleil avant d’obtenir mon dossard et mes deux t-shirts officiels (un à manche courtes et un sans manches), j’arrive enfin à l’hôtel.

Jeudi 20 octobre 2022. Je quitte l’hôtel vers 19h pour rejoindre la zone de départ, située à une vingtaine de minutes à pied. Il est prévu que je rejoigne une coureuse avec qui j’ai participé à un stage quelques mois plus tôt, mais je ne la retrouve pas car il y a énormément de monde. Je pose donc mes « sacs d’allègement » (qui contiennent des affaires de rechange qui seront acheminées aux postes de Cilaos et de Deux-Bras ainsi qu’à l’arrivée au stade de La Redoute, à Saint-Denis) et m’allonge dans l’herbe en attendant que le départ soit donné.

21h30. C’est parti ! Les premiers kilomètres se font sur le front de mer, sur du bitume. Une foule impressionnante et déchaînée s’est massée le long du parcours. Même si j’ai déjà participé à pas mal de courses, je n’ai jamais vu une telle ambiance. Alors que nous quittons le bord de mer quelques kilomètres plus loin, le public est plus espacé, mais reste présent en nombre. Nous sommes accompagnés bruyamment jusqu’au premier poste de ravitaillement, le Domaine Vidot, après 14,4 km. Ensuite, nous nous engageons sur des sentiers plus étroits, dont le calme contraste fortement avec le début de course. Nous sommes toutefois confrontés à plusieurs bouchons le long du parcours, qui nous obligent à patienter un certain temps et à avancer en file indienne, sans possibilité de dépassement, quasiment jusqu’au deuxième point de ravitaillement (Notre-Dame de la Paix), après 28,4 km. En pleine nuit, à 1681 m d’altitude, il fait extrêmement froid et le vent souffle fort : j’ai beau avoir enfilé ma veste en Gore-Tex, je suis frigorifié.

Nous enchaînons ensuite avec un peu de descente sur des chemins de terre sans difficulté particulière. Le jour se lève peu après, vers 5h30, ce qui me permet de me débarrasser de ma frontale, mais aussi de profiter de magnifiques panoramas alors que nous courons à proximité du Piton de la Fournaise. J’en profite donc pour faire quelques photos.

Mes sensations étant plus que moyennes depuis le départ, je décide de faire une pause un peu plus longue que d’habitude au ravitaillement suivant, à Nez de Boeuf, après 40 km environ. Je m’assois alors sur une chaise en dégustant une soupe aux vermicelles bien chaude avant d’attaquer les 10 km de descente qui doivent nous mener jusqu’au ravitaillement de Mare à Boue. Cette descente est la bienvenue car, depuis le début de la course, nous n’avons fait quasiment que monter (nous avons déjà cumulé plus de 2000 m de dénivelé positif). Après ma petite pause, les sensations sont bien meilleures. Je décide toutefois de ne pas forcer dans la descente afin de me préserver pour le reste de la course, qui ne fait que commencer. Dans la descente, je sympathise avec un autre coureur, avec qui je resterai quasiment jusqu’au ravitaillement.

Une fois à Mare à Boue, je prends le temps de déguster une bonne assiette de poulet et de coquillettes (premier vrai repas servi depuis le début de la course) mais ne m’attarde pas au poste car je sais que la prochaine portion de parcours, jusqu’à Cilaos, sera longue (22 km sans ravitaillement) et particulièrement difficile. En effet, elle va nous faire passer par le coteau Kerveguen, qui m’avait posé des problèmes il y a quatre ans. Ce sentier aux nombreuses pierres humides et inégales est long, « casse-pattes » et assez dangereux par endroits. C’est d’ailleurs là que je glisse à plusieurs reprises, alors que je n’étais pas encore tombé depuis le départ.

Alors que, en 2018, le parcours redescendait ensuite directement sur Cilaos, nous continuons cette fois de monter en direction du Piton des Neiges, plus haut sommet de l’ile. Moi qui pensais que le fait de ne pas passer cette année par le Maïdo rendrait la course plus facile, je déchante vite : la montée depuis le Bloc jusqu’au Piton est longue, jonchée de pierres et véritablement épuisante, m’obligeant à m’asseoir régulièrement sur des rochers pour récupérer avant de repartir. La descente qui suit n’est guère plus facile : extrêmement technique, elle contraint les coureurs à rester concentrés en permanence et à faire très attention à leurs appuis. Le problème est que, après déjà une quinzaine d’heures passées sur les sentiers, je ne suis plus aussi alerte qu’en début de course : à plusieurs reprises, je manque de tomber et me réceptionne de justesse. J’ai vraiment hâte d’arriver à Cilaos pour faire une pause et dormir un peu !

C’est finalement vers 15h30 que je fais mon entrée au poste de ravitaillement de Cilaos, après 72 km. Je récupère le sac laissé au départ de la course, enfile des chaussettes, un short et un t-shirt secs, et déguste avec une joie non dissimulée une assiette de poulet et de coquillettes. Je prends ensuite le temps de regarder les nombreux messages d’encouragement qui m’ont été envoyés sur le smartphone et d’appeler mon oncle : j’ai prévu de le retrouver ce soir au ravitaillement « Sentier scout », qui sera le dernier poste proche de la civilisation avant de m’enfoncer pendant de longues heures dans le cirque de Mafate. Je m’allonge alors un petit quart d’heure dans l’herbe en espérant dormir un peu, mais la pluie et la sono du speaker en décident autrement. Je repars donc plus tôt que prévu en direction du col du Taïbit, qui constitue un autre « gros morceau » à franchir.

Alors que je quitte le poste de ravitaillement, je ressens une vive douleur au niveau du genou gauche, probablement liée à une mauvaise réception dans la précédente descente très technique. Après un peu moins de 45 minutes de pause à Cilaos, il faut dire que mon corps s’est refroidi. J’espère que la douleur passera lorsque je serai de nouveau chaud…

Après quelques kilomètres au profil descendant en forêt, le parcours se fait de nouveau très raide. Autant je n’avais pas trouvé la montée du Taïbit spécialement difficile il y a quatre ans, autant là, je sens tout de suite qu’elle sera longue et compliquée. J’essaie donc d’économiser les muscles de mes jambes ainsi que mon genou douloureux. Après une ascension interminable jonchée de marches d’escalier hautes et irrégulières, c’est avec un immense soulagement que j’arrive au sommet du Taïbit, à plus de 2000 m d’altitude. S’ensuit une longue descente (heureusement peu technique) jusqu’à Marla, premier poste de ravitaillement du cirque de Mafate.

J’avais prévu de me reposer un peu à Marla (je n’ai en effet toujours pas dormi depuis le départ, il y a quasiment 24 heures), mais il vaut mieux que j’aille déjà au poste médical pour faire examiner mon genou. Heureusement, il n’y a pas beaucoup de monde et je suis immédiatement pris en charge. L’infirmière décide de me faire un strapping autour du genou afin de l’empêcher de bouger, et donc d’atténuer la douleur. Le temps de remplir de nouveau mes flasques d’eau, et je repars du poste de ravitaillement sans avoir dormi : en effet, je n’ai qu’environ une heure et demie d’avance sur la barrière horaire, et je préfère ne pas jouer avec le feu. J’essaierai de m’allonger plus tard.

Il apparaît rapidement que le strapping n’a aucun effet sur la douleur, que je ressens surtout en descente et lorsque je dois plier le genou. Je continue malgré tout à avancer et me joins à un groupe de coureurs tout au long de la traversée de la Plaine des Merles, ce qui me permet de moins gamberger. Je les laisse ensuite derrière moi en arrivant au Col des Boeufs, où règne un froid glacial dû notamment au fort vent. Même si les sensations sont encore relativement bonnes après bientôt 94 km et plus de 5000 m de dénivelé positif, il ne me reste que quelques kilomètres pour prendre une décision : continuer ainsi et m’enfoncer durant de longues heures dans le cirque de Mafate (qui n’est pas accessible en voiture) - au risque de me retrouver en fâcheuse posture si ma blessure au genou s’aggrave, ce qui a de fortes chances d’arriver - ou abandonner après le ravitaillement du Sentier scout en profitant du fait que ma famille sera de toute façon là et pourra me prendre en charge. Étant donné que je ne me vois pas faire encore 70 km et presque 5000 m de dénivelé positif dans cet état, je finis par me résoudre à privilégier la raison à la détermination en rendant mon dossard au poste de contrôle du Sentier scout.

JORDAN RUNNING ADVENTURE RACE 2022
ULTRA MARIN 2022 en duo du 1er au 3 juillet 2022
 

Commentaires 18

LeGna le mercredi 2 novembre 2022 15:38

Magnifique récit Fabien - Bonne récupération

Magnifique récit Fabien - Bonne récupération ;)
DingDong le mercredi 2 novembre 2022 17:24

Merci Yvan !

Merci Yvan !
Jean-No RR38 le vendredi 4 novembre 2022 11:29

Ça ne me rassurre pas

Ça ne me rassurre pas :o
DingDong le vendredi 4 novembre 2022 17:38

Mais si, je suis convaincu que tu en es capable. Tu verras, tu vas t’éclater !

Mais si, je suis convaincu que tu en es capable. Tu verras, tu vas t’éclater !
Jean-No RR38 le vendredi 4 novembre 2022 18:45

Ça en fait au moins un de nous qui est convaincu

Ça en fait au moins un de nous qui est convaincu ;)
LeGna le lundi 7 novembre 2022 14:51

Pour ma part je n'ai aucun doute sur ta grande capacité sur ce format - Maintenant c'est celui qui fait qui doit s'en sentir capable au risque que le terme, in fine, s'écrive en deux mots

Pour ma part je n'ai aucun doute sur ta grande capacité sur ce format - Maintenant c'est celui qui fait qui doit s'en sentir capable au risque que le terme, in fine, s'écrive en deux mots :D
lilie corne rose le dimanche 6 novembre 2022 18:33

superbe récit !
J'hallucine un peu en voyant que tu as trouvé à manger à Mare a Boue, alex n'avait que des fonds de casseroles...

Il y a aussi une grosse différence entre la diag et le bourbon (que j'ai fait DNF stop a 45km), vous avez à manger bien plus souvent. Et ça je l'ai découvert pendant la course! ils annoncent des gros ravitos, et on se retrouve face a de la soupe uniquement. Le premier vrai repas sur le bourbon est à 70kms (environ 30h de course prévu pour moi). Je suis assez déçue de l'orga, la nouvelle direction de l'asso ne prend pas les bonnes décisions à mon sens (encore de l'eau manquante sur certains ravitos cette année !). J'y retournerais, je veux être finisher du bourbon, mais je vais attendre un peu que la novuelle orga se rode...

superbe récit ! J'hallucine un peu en voyant que tu as trouvé à manger à Mare a Boue, alex n'avait que des fonds de casseroles... Il y a aussi une grosse différence entre la diag et le bourbon (que j'ai fait DNF stop a 45km), vous avez à manger bien plus souvent. Et ça je l'ai découvert pendant la course! ils annoncent des gros ravitos, et on se retrouve face a de la soupe uniquement. Le premier vrai repas sur le bourbon est à 70kms (environ 30h de course prévu pour moi). Je suis assez déçue de l'orga, la nouvelle direction de l'asso ne prend pas les bonnes décisions à mon sens (encore de l'eau manquante sur certains ravitos cette année !). J'y retournerais, je veux être finisher du bourbon, mais je vais attendre un peu que la novuelle orga se rode...
DingDong le lundi 7 novembre 2022 17:18

J’ai entendu au fil de la course qu’ils avaient été en manque d’eau à certains ravitos l’année précédente, mais cette année je n’ai pas été confronté à un tel problème. En ce qui concerne le solide, je précise quand même qu’on était rationnés, ce n’est pas nous qui avons trop mangé à Mare à boue !

J’ai entendu au fil de la course qu’ils avaient été en manque d’eau à certains ravitos l’année précédente, mais cette année je n’ai pas été confronté à un tel problème. En ce qui concerne le solide, je précise quand même qu’on était rationnés, ce n’est pas nous qui avons trop mangé à Mare à boue !
lilie corne rose le dimanche 13 novembre 2022 22:16

oh mais je ne pense pas que ce soient les premiers coureurs qui ont dévoré les ravitos, mais sincerement l'orga qui ne prevoit pas assez...
bref, cela confirme mon souhait d'y retourner un jour .... mais quand les retours des participants sur l'orga sera meilleure ;-) c'est un sacré investissement d'aller labas alors je prefere mettre toutes les chances de mon cote pour y retourner

oh mais je ne pense pas que ce soient les premiers coureurs qui ont dévoré les ravitos, mais sincerement l'orga qui ne prevoit pas assez... bref, cela confirme mon souhait d'y retourner un jour .... mais quand les retours des participants sur l'orga sera meilleure ;-) c'est un sacré investissement d'aller labas alors je prefere mettre toutes les chances de mon cote pour y retourner
DingDong le lundi 14 novembre 2022 05:24

C’est sûr !

C’est sûr !
Aïolirun le mercredi 9 novembre 2022 08:23

Bravo Fabien le simple fait de s'aligner sur ce genre de défi est déja un exploit. Je suis sure que dans un coin de ta tête il y a le j'y retournerai ;-)

Bravo Fabien le simple fait de s'aligner sur ce genre de défi est déja un exploit. Je suis sure que dans un coin de ta tête il y a le j'y retournerai ;-)
DingDong le mercredi 9 novembre 2022 11:06

Merci ! Je n’ai aucune envie de remettre ça pour l’instant, mais il ne faut jamais dire jamais…

Merci ! Je n’ai aucune envie de remettre ça pour l’instant, mais il ne faut jamais dire jamais…
Jean-No RR38 le jeudi 10 novembre 2022 13:40

Alors viens essayer la migoual ?

Alors viens essayer la migoual ?
DingDong le vendredi 11 novembre 2022 03:35

Pourquoi pas, faut voir la date 2023…

Pourquoi pas, faut voir la date 2023…
Invité - Ericand le vendredi 11 novembre 2022 18:57

Superbe récit,
Mais malheureusement, je ne m'y voit pas du tout sur cette épreuve réservée aux fous. Et lorsque je lis ton récit, cela ne m'encourage pas de me lancer dans une telle épreuve.
Bravo à toi.

Superbe récit, Mais malheureusement, je ne m'y voit pas du tout sur cette épreuve réservée aux fous. Et lorsque je lis ton récit, cela ne m'encourage pas de me lancer dans une telle épreuve. Bravo à toi.
DingDong le samedi 12 novembre 2022 04:43

Merci !

grenouille le samedi 12 novembre 2022 07:41

A nouveau un grand coup de chapeau Fabien ! C’est décidément une course de fous !! Bravo pour ce super récit !

A nouveau un grand coup de chapeau Fabien ! C’est décidément une course de fous !! Bravo pour ce super récit !
DingDong le dimanche 13 novembre 2022 16:41

Merci

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Invité
jeudi 1 décembre 2022

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