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Caen 2024 - Liberté, liberté chérie

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L’occasion était spéciale en cette année de célébration du 80ème anniversaire du D-Day et de la bataille de Normandie, cérémonies et festivités devant se succéder sur plus d’une semaine, les vétérans survivants arrivaient d’Amérique du Nord, de France et d’Angleterre. 21 ans après, je revenais donc courir ce Marathon de la Liberté (Liberté et Marathon sont sans doute mes deux mots préférés) sur ce parcours terriblement chargé d’histoire. 

Beaucoup d’eau avait coulé sous les ponts depuis mon dernier passage (et autres breuvages aussi), surtout avec ma rencontre avec la grande famille de Courir le Monde qui devait radicalement changer ma façon de vivre la course à pied… Une première pour moi, c’est que j'avais obtenu mon dossard à la bourse aux échanges mise en place par l'Organisation, et en deux jours seulement !

Samedi soir donc, une traditionnelle Pasta party CLM avec PP78 et ses Rosnéens, Cricri 3364, Eric “de SAB”, ouvrait le bal, après un passage à l’expo pour récupérer mon dossard où j’avais croisé plein de têtes fêlées connues, Gilbert “Jésus”, les Rosnéens, les Maulois, et Didier “Zeclown” qui allait frapper un coup de génie avec un bel hommage à Charlie Chaplin par un incroyable déguisement en Charlot… en noir et blanc !

Le lendemain matin, une myriade de bus nous amène à Courseulles-sur-Mer, nous partons à 7h. Le trajet m'a donné l'occasion de papoter avec Gilbert entre anciens combattants, ça nous rappelait le Beaujolais, entre Villefranche et Fleurie !

 

Sur la zone de départ, il fait un froid de gueux avec ce vent du Nord qui déboule sur la plage, sous un lourd ciel gris zébré de rayons de soleil qui transpercent les nuages. La mer est d'huître, c'est une carte postale normande. Avec PP et Cricri on va faire presque 1h de queue "escale technique derniers réglages" (Christine voyant mes croc’s me demande "ah, tu n'as pas encore mis tes chaussures ?"), pour finir par se perdre avant même le départ. Heureusement qu'on a mangé ensemble hier soir, je ne les verrai plus ! Aujourd’hui j’ai hissé les couleurs tricolores françaises et américaines.

 

C’est un départ par vagues, je me faufile dans les sas - très perméables - 4h non pas par ambition soudaine mais pour gagner quelques précieuses minutes à l'arrivée dans l'optique du train à prendre, je n’ai pas de grande marge.

Tout de suite, nous nous lançons sur une grande ligne droite, petite route de campagne au milieu des champs qui bordent la Manche. On est instantanément en rythme, et je me laisse dépasser sans résister... le vent est de travers babord, et rapidement on n'a plus froid.

 

Cette première partie de course est plate et longe la côte et ses célèbres plages du Débarquement. Entre Courseulles-sur-Mer et Bernières-sur-Mer, au km1, c’est Juno Beach, qui vit arriver la 3ème division d’infanterie Canadienne. Les drapeaux alliés claquent au vent à chaque traversée de village, avec le poids de l’histoire c’est presque impressionnant!

 

Lors de la traversée de Saint-Aubin sur mer (km 4,5), un vrombissement enfle soudain depuis l'arrière et quatre gros porteurs militaires qui m'évoquent des Hercules C130 nous survolent en longeant la plage, nous saluant en battant des ailes. Spectacle très enthousiasmant, tous les coureurs sortent leur smartphone pour graver ces images dans la mémoire du jour. C’est une succession de petits sentiers mi-urbains mi-ensablés pour traverser les petites villes du bord de mer. Je suis rattrapé par les flammes 4h15 et n'oppose aucune résistance. Le peloton est fluide à part lors de virages resserrés provoquant des petits goulots d’étranglement. Après Hermanville, nous empruntons le “boulevard de la mer”, sentier ensablé jusqu'à la plage de Colleville-Montgomery. 

Km 13.

C’est Sword Beach, là où débarqua la 3ème division d’infanterie britannique, mais aussi les commandos français du commandant Kieffer.

Au pied de l'imposante statue de Piper Bill Millin, le joueur de cornemuse qui débarqua en jouant aux côtés de Lord Lovat, et au milieu de ses camarades qui tombaient sous le feu allemand, un duo de pipers en kilt et tenue militaire d’époque joue Amazing Grace, impossible de ne pas m'arrêter ! Et hop, 2 minutes de stop photo / vidéo !

 

Km15, on approche d’Ouistreham et son immense plage par un chemin de planches à la Deauvillaise avant de tourner à la grande roue. Virage à droite, on pique alors au sud en longeant le port. Le public est nombreux, comme à chaque traversée de village. Un gamin joue Starwars à la trompette avec moult couacs, c'est mignon !

 

On va maintenant longer le canal de Caen à la mer jusqu'à Blainville (km24), c’est une interminable ligne droite, mais vent de dos…

Au km 22, le bruit de la foule rompt le silence et enfle à hauteur de Bénouville, je vais faire mon 2ème arrêt photo / selfie face à l’imposant Pegasus Bridge et devant le café Gondrée, première maison française libérée le 6 juin. Les flammes 4h30 me doublent et s'éloignent.

 

Jusque là, ça allait à peu près... 

 

Ensuite on rentre dans le bocage (km 24) par un grand virage à droite, et tout de suite le passage d'un pont nous fait comprendre que le profil va changer, ça ondule sévère ! Je me souviens qu’il y a 21 ans, je m’étais éteint à petit feu, cuit par la chaleur du jour… Peu à peu mes hernies se réveillent et l'énergie baisse. Le parcours louvoie de village en village, remontant parfois le vent, Biéville-Beuville, Périers-sur-le-Dan… A Mathieu, on pique plein sud. A chaque ravito, je me régale de ces abricots secs bien moelleux et énergétiques.  Bientôt, Caen se profile…

 

Avec la fatigue, je gamberge, et souvent je me scinde en deux :....Une petite voix me dit "Je vais marcher au prochain km, j'en peux plus". L'autre moitié ne répond pas et s'accroche aux coureurs devant pour aller les chercher... elle est sourde ! Alors j'ai continué comme ça jusqu'au bout, marchant quand même quelques côtes, et slalomant entre les très très nombreux zombies walkers. A la sortie de Mathieu (km 32), j'ai poursuivi ce “monologue à 2”, et j'ai gagné ! Dépassant plus que n’étant doublé, je maintiens mon petit rythme, en décomptant les km par paire avec toujours cette remontée de moral lorsque le money time, km 37 pour moi, arrive. Quoi ! 5km ? presque plus rien! et bientôt 4, 3, 2….. De plus, la dernière partie est facilitée par un profil bien descendant, bénis soient les organisateurs. Derniers mètres, on longe le stade Hélitas sous les encouragements chaleureux de la foule sous le soleil, avant d’y pénétrer pour un ultime demi-tour de piste sur du tartan bien souple qui m’emmènera sous l’arche d’arrivée en signant ma meilleure perf de l'année (même si ce n'est pas glorieux) en 4h41 avec un positive split de 12 minutes.

 

[Note historique 1] La belle médaille finisher que le bénévole me remet autour du cou commémore ce 80ème anniversaire du D-Day, une couronne de laurier entourant une colombe portant un rameau d’olivier sur les chiffres 1944 2024, symboles de victoire et de paix, assez d'actualité hélas.

[Note historique 2] Belle mais rude balade normande fut ce Marathon de la Liberté ! J'ai perdu 45 minutes sur mon chrono de 2003, je trouve que c’est un naufrage honorable ! (Au contraire de Graham croisé au ravitaillement d’arrivée, qui lui, se bonifie ces temps-ci). 

 

La médaille autour du cou et un très beau-shirt finisher au bras, c’est avec plaisir et gourmandise que je profiterai d’un petit riz au lait vanillé à la cannelle et d‘un verre de cidre avec des petits gâteaux secs à la tente artisanale régionale, buffets du terroir / Saveurs de Normandie. Et comme l'Organisation n’a rien oublié, je profiterai d’une bonne douche dans la halle de sport attenante au Stade. Comme à Nantes récemment, le réseau bus - tram était neutralisé autour de la course, je commencerai donc la récupération par une demi-heure de marche pour rejoindre la gare pour reprendre mon train back to Bordeaux juste dans la foulée !

 

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Invité
lundi 24 juin 2024

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